#PSGFCM : Le maintien est un long fleuve tranquille

#PSGFCM : Le maintien est un long fleuve tranquille


Heureux comme un grenat qui pue la transpi, dans une ligne 10 plus chaude que chaleureuse, je m’installe à ma place Porte G, tout en haut. On se salue poliment entre messins présents, comme ce daron neutre et son fils en tenue FC Metz away 2016-2017. À 19h40, on se croirait à St Symph, seulement si on remplace mentalement les couples devant nous, floqués Ibra/Cavani, par des filles (majeures) floquées Kashi.

Jusqu’au coup d’envoi, le match a déjà commencé dans ma tête : un long baroud d’honneur pour ne pas perdre mon âme. Rien n’a plus d’âme au Parc des Princes et j’ai bien l’impression qu’une ventilation essaye d’aspirer la mienne pour en redonner aux badauds bleus & rouges. Le speaker présente les trophées, les u17, les féminines… Le petit monde défile devant des applaudissements forcés. Ici c’eeeeest… l’ENNUI. Nos grenats entrent sur la pelouse sous quelques sifflets, dont la majorité vient d’un périmètre de 5 mètres autour des messins comme les loutres font pipi sur un bout de bois pour marquer leur territoire. Nous applaudissons en criant et ils s’énervent au premier degré, ces cons. T’as cru qu’on allait s’écraser après un Plan Leproux ? Mdr les hoolz, ici c’est Metz.

Ibrahimovic ? présent ! Ibrahimovic ? présent ! Gianni Bruno ???

Ibrahimovic ? présent ! Ibrahimovic ? présent ! Gianni Bruno ???

5 – C’est à la cinquième minute du match que j’ai compris que le toro d’échauffement était en fait fini : j’assiste à la deuxième journée de championnat de France de Ligue 1. Les minutes ont commencé à durer des heures tant je sens les messins crispés, les actions s’enchaînent à mon opposée et je ne vois qu’une main de Didillon ou un poteau pour souffler. J’aspire l’O2 de chaque insulte sur Cavani comme la bouffée d’air d’une baignade dans la crique d’une île déserte avec ta maman.

15 – Cela fait déjà 90 minutes dans ma tête et je me rends compte que le football moderne est arbitré par la vidéo sans que personne ne m’en ait parlé : chaque action connait 18 rediff sur les écrans du stade et elles sont commentées par ceux qui m’entourent comme autant de vérités définitives. Des espaces se libèrent un peu pour nos hommes et je peux crier un ptit « c’est çaaaa Frankiiiie » repris par mes voisins qui découvrent la vista de Franck Signorino face à Serge Aurier : Un peu comme si Joe Dassin lattait les couilles de MHD. Le match est toujours rude pour nos grenats et la tribune se réveille. Auteuil chante « Liberté pour les ultras » sous quelques sifflets. J’applaudis en soutien indépendant. Seul. Des hôtesses s’activent ici et là.

??? – Il y a toujours 0-0 et je ne vois pas où est le chrono tant les LED rouges tout autour du stade commencent à me taper sur la gueule. Le Parc des Princes est un jolie outil : Avec 0% d’alcool servi ils arrivent à te simuler la gueule de bois. Je pense à Janis Ikaunieks, ce fdp doit certainement s’enquiller des kro en jouant à World Of Tanks avec ses couz pendant que j’explique à un mec que Didillon est en équipe de France. « C’est pas Lloris ? »

MT – L’arbitre siffle la mi temps et les grenats se lèvent d’un seul homme pour applaudir. Je cherche un coin pour chialer mais mes voisins me demandent si c’est « pas trop dur ? ». Je leur raconte alors le dernier match de notre accession en Ligue 1 et ils se mettent tous à consommer de l’héroïne dans l’instant.

45 – Ils ont des mecs qui portent un fut en sac à dos et te font couler ta bière à 0% dans un verre consigné. Un fut en sac à dos putain, on rentre dans St Symph sans soucis avec ça. Et on peut y mettre de la vraie bière. À noter.

52 – C’est qu’on commence à jouer, Opa Nguette baise les gens comme on l’avait commandé à Saint Jésus Notre Père, je saute de mon siège et Kévin Trapp est un héros qui relance tranquillement tel le gardien mod…

53 – …oh merde le ballon est déjà dans notre surface et zbiiiim, le stade s’enflamme, un mec a tiré au hasard et c’est un magnifique but. Je peux commencer à songer sur comment je vais rentrer car ça va dérouler.

57, 60, 64 –  Et bah non ça ne déroule pas ! La furia messine envahit Paris et nous égalisons mentalement 3 fois de suite. Heureusement que ni Angers, ni Dijon n’ont Kévin Trapp et David Luiz pour sauver les meubles, mais on déplorera aussi qu’ils n’ont pas ces gros cas soc de Aurier ou Kurzawa pour laisser des espaces. Je crie encore « mais oui mon fraaankiiie » à notre belle blonde.

67 – Ayé ça déroule et c’est Kurzawa qui bombe le torse comme si il n’avait jamais été en peine. Je suis très salé et mauvais perdant, je mets un peu de temps à me convaincre que c’est le tarif. Pour saluer ce but, je mets mes mains en visière comme des espoirs suédois partis avec le sceau de capotes à un euro en République Tchèque. Paradoxalement, le FC Metz joue mieux qu’en première période, j’ai plus vu Cohade sur ces 45 minutes que ma mère en 30 ans.

72 – Génération Foot pénètre la pelouse, je chante « SWEET SWEET HABIB DIALLO » sous les sifflets, seul, debout, sans honte, le cœur grenat. C’est un rituel depuis Charléty. Un mec au loin « ça c’est fou », le daron derrière « ça c’est Metz », le mec à côté de moi « ça sert à rien mais respect ». Il m’a parlé ensuite du PSG – Metz de 2005 et des fumis, de la belle ambiance, mais j’sais pas si il y était ou si il a vu les tweets comme moi.

Document Grenat Factory exclusif : Unai Emery affinant sa tactique à la 70" (dossier : vince)

Document Grenat Factory exclusif : Unai Emery affinant sa tactique à la 70″ (dossier : vince)

73 – Unai Emery finit ses changements et un questionnement métaphysique m’habite : tout ceci n’a aucun sens. Nous venons de faire entrer le cœur de notre formation, le futur de notre club. Il y a un vrai symbole de voir Sarr et Diallo fouler ensemble la pelouse du Parc, c’est le fruit d’un long travail et partenariat avec le Sénégal,  ses équipes de formateur, etc : Un projet hardu qui a failli capoter plusieurs fois et qui a, finalement, sauvé notre club. Personne autour de moi ne le comprend comme ils n’ont pas compris pourquoi j’étais si content de voir Habib Diallo – que le speaker a prénommé Mamadou. Unai Emery, en miroir, place 3 gars complétement au hasard du plus ou moins gratin européen, des gars qu’on lui a acheté la semaine dernière, avec des crédits FUT16, et que le public n’est même pas sûr d’aimer… Ce sera au chausse pied qu’ils s’inscriront dans un « projet de jeu » afin de passer les quarts.

89 – Les supps parisiens commencent à quitter le stade : il ne manquerait plus qu’ils fêtent une victoire et communient de la ferveur, je les imite croyant à une coutume locale. Dans les travées, je vois Rivierez claquer une jolie tête sur une remise de Verratti, je ne lui en veux pas, 3-0. Un mec me fait « messin, messin, trois messin », je pense qu’il parle de son ventre et de sa poitrine qui, de son léger surpoids, forment trois seins sur le haut du corps.

103 – Je marche vers le tram derrière des couples s’enlaçant, cette soirée leur a coûté pas loin de 100 balles, j’me dis. Sous le pont du Garigliano, coule la Seine. Le maintien en Ligue 1, avec.