« Fermez-la » ou l’abréaction du ça : le mythe d’Hercule

« Fermez-la » ou l’abréaction du ça : le mythe d’Hercule


Il est environ neuf heures du matin lorsque je reçois un coup de téléphone dans mon cabinet. Je me lève de ma chaise et me tend de tout mon long pour atteindre le merveilleux combiné posé un peu trop loin sur mon bureau. Au bout du fil : la Grenat Factory.
Après m’avoir fait un topo rapide de trente-cinq minutes sur qui ils étaient et ce qu’ils faisaient (je n’ai pu retenir que des notions vagues mélangeant Nancy, coït anal répété et bière sans alcool), ils m’ont exposé le pourquoi de leur appel. Inquiets pour la santé psychique et mentale d’un certain enfant chéri de la région, du nom de Thomas Didillon, ils désirent que je penche mon point de vue de thérapeute sur un cas « d’expression surstimulée du signifié négatif » autrement dit : une ultime bafouille un poil trop virulente.
Le fessier encore en lévitation et le corps tendu vers le téléphone qui se trouvait là, je décidai une bonne fois pour toute de faire le tour du bureau pour m’asseoir sur ce dernier, le combiné logé sur les genoux pour faire comme dans Mad Men, ça fait trop classe.

Intrigué tout d’abord par leur demande, je finis finalement par être intéressé par le sujet et décidai de me pencher sur le cas Didillon. Ce sera peut-être l’occasion pour moi d’en faire un article sur ScienceDirect et d’en boucher un coin à Mr Pichard, une bonne fois pour toute.

En commençant par une rapide anamnèse, le sujet se nomme Didillon Thomas, un homme de 20 ans, qui est gardien de but. Titulaire dans les cages messines à 19 ans, le statut cognitif de Haut-Potentiel pourrait éventuellement s’appliquer. Cependant au vu des caractéristiques physiques de l’individu et de son collier de barbe, je préfère d’ors et déjà réfuter cette hypothèse. La scène à analyser se passe après le match face à Dijon. Le journaliste pose des questions à notre sujet et finit par lui demander ce qu’il dirait si on évoquait d’une quelconque manière sa relation étroite et intime avec le divin. Autrement « Si j’vous dis Dieudillon ».
Et c’est là qu’intervient la logorrhée du sujet qui répond un « Pff fermez la », ponctué d’un sourire. En regardant la séquence, j’ajuste mes lunettes sur mon nez en pointe. Mais c’est bien ça. Je suis face à une abréaction, tout se voit dans les yeux. Une abréaction c’est un déchargement émotionnel lié à un souvenir traumatisant, et ce « fermez la » est son signifié majeur.

Explications. Le jeune Didillon, envoyé tout jeune dans le grand bain, a du grandir avec le fait de savoir qu’il était destiné à plus grand. Cet affect perturbant a déclenché chez lui une ambivalence sur sa relation avec cette pensée. C’est à dire qu’il ressent à la fois des sentiments positifs et négatifs sur ce dernier : la charge émotionnelle est donc très forte et peut être traumatisante selon le mécanisme de défense utilisé. Malheureusement pour lui, sa défense fut à la rue pendant toute une saison et il n’a pu survire à cette pensée du Grand Destin qu’en refoulant la perturbation. Sur le court terme c’est vachement bien, mais sur le long-terme cela peut causer de grands troubles. Évitant ainsi toute les situations pouvant le remettre dans un contexte de grande destinée (être dans une équipe au bord du fiasco en équipe de France Espoir par exemple) lui a permis de surmonté le traumatisme. Seulement voilà, face à Dijon notre sujet à décidé de repousser un penalty et s’est remis dans ce contexte branlant pour sa psyché. En pleine conversation avec le journaliste c’est la goutte d’eau : il y a formulation et expression directe du traumatisme en rappelant ses origines divines. Et là, tel Hercule qui retrouve sa partie divine, le sujet reconnecte avec la scène traumatisante et communique sur un mode différent. Il s’exprime, durement, avec des mots faits pour marquer qui expriment son abréaction, et dans un même temps il soulage les affects négatifs et la charge émotionnelle contenu dans le souvenir traumatisant. Cette effet de Catharsis a pour effet de soulager le sujet du mauvais contenu et peut lui faire avancer en dépassant le trauma pour en faire une conversion en simple état de psyché.

Résultat : Le sujet est passé de peu de l’autre côté du miroir mais tout va bien. En ayant refoulé ce traumatisme du Grand Destin, il fallait attendre le moment de la libération, ou de l’enfoncement. Heureusement, cette parole curative (comme dirait le bien-aimé Carl Roger) a permis d’exprimer cette abréaction et de sortir du mode de fonctionnement traumatique. Attention par contre ; parce que là, c’est sorti tout seul mais il aurait fallu déceler les symptômes d’évitement plus tôt (notamment ceux manifestés en équipe de France) pour une prise en charge plus rapide et plus appropriée. Si le sujet avait bénéficié d’une condition psychique différente, on aurait pu partir sur de la Forclusion et il aurait ainsi fini par rejeter entièrement l’univers de l’Autre pour partir élever des truites en Lozère. Et c’est vachement moins bien que le football ça.

Prise en charge : Le travail sera axé non pas sur le pourquoi de ce traumatisme mais tout d’abord sur le comment. La relation au père sera à travailler tout comme la gestion du stade anal (qui a dû être assez élargi par l’incident de la paire Reis-Ozmen il y a un an de cela). Je recommande donc un rendez-vous une fois par semaine minimum, je suis libre les vendredi et samedi soirs en ce moment. Prendre contact avec la Rédaction de Grenat Factory pour les coordonnées.

Psychanalyste de renommée discutable, TataYoyo sévira sous la bannière de Grenat Factory aussi souvent qu’ils en auront besoin. Tant que la séance est payée, bien sûr.