[Chronique] De la malédiction du recrutement messin

[Chronique] De la malédiction du recrutement messin


Il est des jours où l’on se demande à quoi bon aimer le FC Metz.  C’est que ce club sait vous faire souffrir. En faisant l’étalage de son ambition, il vous fait espérer de belles choses, suscite de grandes attentes… pour au final vous faire plonger dans une désillusion inversement puissante. Au cours des deux dernières années, le club a expérimenté puis en partie abandonné une nouvelle stratégie de recrutement : viser des joueurs, souvent assez jeunes, venant de championnats étrangers, car « moins chers » selon les dirigeants, et permettant éventuellement l’apport de différentes cultures de jeu. Mais cela n’a pas fonctionné comme espéré.

Une cellule de recrutement en échec ?

Aujourd’hui il est difficile de nier l’échec de cette politique, et il suffit d’un examen rapide de l’effectif messin pour en être sûr. Prenons un exemple concret et parlant: parmi les 16 joueurs recrutés en 2014 et 2015 n’ayant eu auparavant aucune expérience en championnat de France, seul un joueur est encore sélectionné régulièrement dans le groupe professionnel (Balliu) et un autre est caché en équipe réserve, prié de trouver un nouveau point de chute (Ikaunieks)…

Quant aux autres, cinq ont rejoint leur club d’origine après leur prêt d’un an (Djim, Andrada, Kaprof, Candeias et Gomes), six autres ont résilié leur contrat en accord avec le club (Gbaklé, Krivets, Ozmen, Falcon, Reis et Santos), deux seulement ont été revendus avec plus-value (Sassi et Ben Youssef), et un seul joueur est arrivé au terme de son contrat, avant d’atterrir au fin fond de la Bulgarie, et de faire tomber ses reins aux pieds d’un turc au pied d’argent…

Ainsi, il est légitime de se poser des questions sur l’efficacité et le flair de la cellule de recrutement qui a, de surcroît, emmagasiné les échecs les saisons précédentes, entraînant le club dans l’ascenseur Ligue 1, Ligue 2 et National (le football, ça se joue le samedi !) que l’on connait.

.

le-duo-descrocs

Le duo d’escrocs

Que dire d’abord du recrutement abracadrabrantesque qui a été réalisé l’année dernière ? A l’allure franchement ambitieuse, il s’est avéré être un échec sur toute la ligne avec un responsable tout trouvé et entré dans le cœur des supporters : Carlos Freitas. Véritable looser du football portugais, celui qui était alors directeur sportif du club avait eu le culot immense de faire signer des joueurs comme Nuno Reis, Amido Baldé ou André Santos, des joueurs qui ont cumulé plus de Carlo Molinaprix que de bonnes performances. L’homme est un petit filou qui s’est forgé sa petite réputation, bien avant, et loin de la Lorraine. Ami et « bras droit » de Florentino Pérez, président du Real Madrid, Freitas s’est fait les dents au Portugal, son pays d’origine, en enchaînant les rôles de conseiller du président, de directeur général puis sportif du Sporting, il enchaine trois courtes piges à Braga, Panathinaikos, et de nouveau au Sporting, pour autant d’échecs. Cependant, il restait un « gros bonnet », protégé par un réseau très développé qui lui permettait de faire signer des noms du foot portugais notamment. Aujourd’hui, après plusieurs recrutements consécutifs foirés, Freitas s’en est allé tenter d’enterrer la Fiorentina sans cependant recruter un seul portugais. Mission compliquée, la Fio étant tout de même classée 8e à ce jour.

D’autre part, SoFoot portait récemment un coup de massue sur la tête des supporters messins en dévoilant que Metz s’était vu proposer, dans le cadre de son partenariat avec River Plate, les prêts de Mammana, considéré comme un futur grand et qui gagne rapidement sa place à Lyon, et de Funes Mori, aujourd’hui international argentin et défenseur d’Everton. Manque de bol ou manque de jugeotte ?

Un phénomène très frustrant pour les supporters messins (et pour ses dirigeants également) est apparu ces dernières années : la cellule de recrutement a semble-t-il toujours fait les mauvais choix au moment de recruter. En effet, de nombreux joueurs qui aujourd’hui percent dans d’autres clubs ont été plus ou moins proches de rejoindre la Moselle. On pense à Jean-Michaël Séri, pisté par Metz en 2014 et acheté par Nice un an après pour un montant plus que raisonnable d’1 million d’euros. À Cédric Bakambu (rumeur probablement farfelue) qui avait été « annoncé » à Metz la même année, et qui a signé à Bursaspor pour moins de 2 millions avant de rejoindre Villareal pour le succès qu’on connaît. À Didier Ndong, qui, comme Sassi et Ben Youssef, a quitté Sfax pour rejoindre la France, mais pour Lorient, et qui a été revendu 20 millions d’euros par les merlus cet été. Ce dernier exemple est criant : comme si le FC Metz avait choisi « les deux mauvais » et était passé à coté du meilleur.

Des frites, des frites, des frites des frites des frites !

Poor man’s Sassi.

Ces mauvais choix de recrutement ont entraîné d’autres méfaits. Souvent, les semaines précédant la trêve hivernale ont permis au club de se rendre compte de ses lacunes et de son besoin de se renforcer à des postes clés. On ose à peine s’imaginer la deuxième partie de saison dernière si le mercato hivernal n’existait pas. En manque d’attaquant, Hinschberger en a profité pour faire venir Christian Bekamenga, déterminant dans la remontée messine. Cependant, lors de la saison précédente les choses ne se sont pas aussi bien déroulées. En faisant venir Sassi et Ben Youssef en janvier, Cartier espérait renforcer son équipe pour remonter la pente. Une Coupe d’Afrique des Nations et une blessure du seul tunisien roux de l’histoire en sélection vinrent rendre ces investissements vains. Sassi est revenu en février de la CAN alors que l’équipe était déjà très mal en point, pas aidée par une série de matchs sans victoires qui commençait à s’allonger. Il arrivait alors dans un nouveau championnat, dans un pays où il fait froid en février, dans une équipe qu’il ne connaissait pas, pour au final étaler toute sa nonchalance et sa pointe de vitesse Guido-Milanienne sur la pelouse de Saint-Symphorien. Ben Youssef est revenu en avril d’une blessure qui l’a empêché de jouer la CAN et qui l’a laissé à l’écart du groupe tout ce temps. Pas le meilleur moyen de s’intégrer, c’est sûr. Il n’aura au final joué que 6 matchs en fin de saison alors que le club était condamné, sans jamais être décisif.

Ce recrutement manqué à l’été 2014 n’a pu être rattrapé et a condamné Metz à la descente. D’une part, un nouveau mauvais choix de la part de la cellule de recrutement : des achats onéreux pour des joueurs non disponibles alors que l’équipe avait besoin de renfort immédiat. D’autre part, un bon petit coup de malchance. Des joueurs qui auraient pu apporter, mais qui sont arrivés au mauvais moment.

L’adaptation des recrues est compliquée

Toutefois, on ne peut pas non plus expliquer l’échec des recrues que par des mauvais choix. Si l’on piste certains joueurs c’est qu’il y a des raisons, et souvent, on a considéré chaque recrutement messin comme « intelligent » avant de voir son application sur le terrain. Il y a, à coup sûr, un autre problème. N’y aurait-il pas en réalité un malaise autour de l’intégration des joueurs au FC Metz ?

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher très brièvement sur le cas de certains joueurs ayant choisi de signer au club. Parmi ces recrues des dernières années, il est évident que certains d’entre eux savent manier le cuir, et que leurs capacités intrinsèques sont suffisantes pour évoluer et réussir en Ligue 1. Cependant, pour la grande majorité, ils n’ont été que l’ombre d’eux-mêmes sous la tunique grenat. Parfois titulaires indiscutables en sélection, en grande forme dans leurs anciens clubs, ils n’ont jamais su s’imposer à Metz et n’ont que rarement ou jamais été décisifs.

Le problème pourrait donc venir de la difficile adaptation des joueurs à Metz. Ces soucis peuvent être multiples et de natures différentes.

Ils peuvent d’abord simplement prendre leurs racines dans la culture occidentale à laquelle les joueurs étrangers doivent s’adapter, footballistiquement parlant mais aussi dans la vie de tous les jours.

On pense forcément à des garçons comme Serguei Krivets ou Janis Ikaunieks. Ce dernier est arrivé en France à l’age de 19 ans seulement, en provenance de sa Lettonie natale. En plus d’un changement radical de style de jeu qui imposait à l’espoir balte une mise à niveau physique et tactique, c’est un bouleversement culturel qui faisait figure d’obstacle de taille pour ce jeune homme timide et qui ne parle pas français, comme le prévoyait José Jeunechamps, alors entraineur adjoint, encore une fois pour SoFoot : « Il n’a que 19 ans, il ne faut pas qu’il tombe dans l’ennui, la solitude. Tout ce que l’on va mettre en place autour de lui pour sa vie quotidienne va être essentiel  ». La difficile mise à niveau d’Ikaunieks ou même de Krivets vis-à-vis des fameuses « normes footballistiques occidentales » serait-elle due à une intégration personnelle difficile, à un mal du pays ?

La question peut se poser, d’autant plus que ce phénomène semble assez récurrent chez les joueurs de l’est. Car Pimenov ou encore Krivets plus récemment ont à nouveau rallié l’est de l’Europe suite à leur échec respectif en Lorraine. Ce dernier est d’ailleurs coutumier du fait : il était déjà revenu au pays en signant (et en brillant) au BATE Borisov après avoir connu l’échec en Chine.

Janvier 2015, Ikaunieks signe... la fin de sa carrière.

Janvier 2015, Ikaunieks signe… la fin de sa carrière.

La difficile intercompréhension entre les joueurs en match et dans la vie quotidienne due à leurs différentes nationalités est aussi une raison de l’échec, à l’évidence. L’objectif du club sur le court terme, qui était la remontée immédiate, impliquait un collectif huilé et cohérent rapidement. Or, comment créer cela dans un effectif fragmenté avec des joueurs qui ne se comprennent pas et qui font partie d’un groupe dans lequel la concurrence fait rage, avec 35 joueurs sous contrat ? Cela paraît absurde. Résultat : une atmosphère assez pesante autour de cette équipe malgré les faux airs de tout va bien. Alors certes, le club a réussi sa mission : la remontée. Mais que ce fut douloureux. Et surtout, il faut se demander qui a fait remonter le club pour s’apercevoir que les joueurs clés de cette réussite sont en fait hors de toute cette logique de recrutement évoquée : Bekamenga, Diallo, Didillon, Lejeune et N’Gbakoto…

Un staff technique probablement trop limité

Il faut cependant ajouter une dernière variante, qui est tout à fait cruciale, et qui semble être malheureusement une constante à Metz depuis quelques années : ces joueurs ont-ils été plombés par les choix et le plan de jeu de l’entraîneur ? Dans la période qui nous intéresse, 3 entraîneurs se sont succédés. Albert Cartier d’abord, qui a dirigé l’équipe pendant la saison cauchemardesque en Ligue 1 de 2014 à 2015. José Riga, le tacticien cogitraineur belge n’a tenu que 6 mois sur le banc avant d’être remplacé par notre bon Philippe Hinschberger qui tient la corde pour l’instant mais qui semble être en terrain glissant. C’est d’ailleurs l’arrivée de ce dernier qui a stoppé ce recrutement exotique.

Ces trois derniers ont un point commun : ils n’ont jamais réussi à tirer le meilleur de leur équipe de manière durable (sauf Cartier, mais en Ligue 2 seulement) et à instaurer une identité de jeu qui aurait permis à l’équipe d’être réellement performante. En d’autres termes, et pour être franc, ils ne furent jamais et ne seront probablement jamais de grands techniciens.

Pourtant, l’arrivée de Riga s’accompagnait de belles promesses. Outre le copyright du Senseball qu’il a légué à son départ à Bertrand Antoine, le belge a apporté de la fraîcheur sur le banc messin. De par son CV chargé, sa capacité à parler de ballon, et son projet de « jeu à la Barcelonaise », il avait suscité une énorme attente chez les supporters. Cependant, après un début de saison plein de réussite, il fallait se rendre à l’évidence à l’hiver : incapable de tenir le rythme sur un match entier, pouvant tenir à 65% de possession sur un match pour retomber à 40% le match suivant, susceptible de passer complètement au travers de certains matchs, l’équipe ne progressait pas, et l’arrivée comme cadeau de Noël de Philippe Hinschberger sur le banc entérina tous les espoirs qui avaient germé au début de saison.

Cartier et Hinschberger ont quant à eux plutôt des profils de meneurs d’hommes. Il est impossible d’enlever à ces deux là le fait d’avoir fait remonter le FC Metz en Ligue 1 chacun leur tour. Cependant, on a remarqué qu’au niveau le plus élevé du foot français, les deux ont leurs limites. On n’a que rarement aperçu un FC Metz séduisant en Ligue 1 avec ces eux. Après un bon début de saison en 2014, Metz s’est effondré. Il faut espérer que ce psychodrame ne se reproduise pas cette saison. Mais les prestations de l’équipe, malgré un bilan comptable correct, n’invitent qu’à la méfiance. Pas de véritable identité de jeu, un collectif peu rodé, une attaque souvent muette, de gros soucis tactiques aussi bien dans l’organisation sans ballon et le transition défensive que dans le domaine offensif où l’équipe connaît les plus grandes difficultés pour amener la balle dans la surface…

Même combat.

Aucun de ces entraîneurs n’a pu tirer le maximum de ses joueurs et donc de ses recrues pour différentes raisons qui peuvent leur être reprochées. Quelques exemples peuvent aider à illustrer cette thèse.

D’après son agent, Serguei Krivets aurait du bénéficier d’un break après son arrivée à Metz, lui qui n’avait pas eu de trève estivale en Biélorussie, mais Cartier, se rendant compte du talent du beau slave, ne voulait pas s’en passer. Quelques matchs plus tard à peine, Krivets était en méforme physique évidente et n’a jamais retrouvé sa condition.

Janis Ikaunieks, doté d’une qualité technique certaine mais plutôt lent et frêle a été constamment placé sur un coté, poste qui ne lui correspondait à l’évidence pas, ce qui entraînait des performances décevantes dues à son manque de percussion et de vitesse. Il est pourtant simple d’imaginer qu’un rôle de meneur de jeu « à la Jouffre » aurait mieux convenu, et qu’avec sa qualité de passe, son sens de l’anticipation et sa capacité à jouer en une touche de balle, il aurait fait beaucoup de bien à l’équipe.

Dernier exemple (même s’il y en a d’autres), celui de Federico Andrada. Arrivé en prêt de River en 2014, considéré comme un grand espoir avec son statut de meilleur buteur de l’histoire des équipes de jeunes de River, il n’a joué que 14 matchs sur l’ensemble de la saison dont seulement 2 titularisations face à Marseille et Lorient. Comme Ikaunieks, il n’a pas été utilisé à bon escient. Il a, lors de sa première titularisation au Vélodrome, fait l’étalage de tout son talent. Bon technicien, créatif et très agile, il avait fait du mal en soutien de l’attaquant. Aligné de nouveau la semaine suivante seul en pointe au Moustoir, sur un terrain synthétique qui avantage bien sûr les joueurs rapides, il se noie et ne reverra plus le 11 de départ.

Pour les autres, cela semble moins évident, mais peut-être ont-ils été bridés dans les systèmes mis en place par les entraîneurs, et peut être n’ont-ils pu exprimer leur talent à leur juste valeur… Cela ne semble en tout cas pas impossible, loin de là. On retrouve aujourd’hui un défaut similaire avec Hinschberger. J’ai été sidéré par l’incapacité du coach à installer un système utilisant à bon escient un atout considérable qu’est la vitesse d’Ismaila Sarr. Cela saute aux yeux, ce n’est pas encore un manieur de ballon, mais un joueur qui doit être envoyé en profondeur pour créer le danger. Or, cela est beaucoup trop rarement mis en application, et le sénégalais s’effondre souvent en un contre un face à son adversaire direct. Sa vitesse est une qualité rare sur laquelle on doit s’appuyer mais le staff ne semble pas s’en rendre compte.

La gazelle de la Téranga

La gazelle de la Téranga

Il semble bien que les qualités des joueurs n’ont pas été correctement utilisées. Certes, notre vision est limitée et il faut nuancer : nous ne sommes pas dans la peau d’un entraîneur qui vit avec ses joueurs et qui les connaît mieux que nous, qui dirige les entraînements et qui possède l’expérience et un staff technique qui s’y connaît (normalement). Mais ces manquements répétés impliquent un échec du coach et du staff entier non seulement dans l’analyse des qualités des joueurs, mais aussi dans la mise en place de solutions répondant à ces problèmes. Tiens, encore une fois ça nous rappelle un peu ce qu’on voit cette année : une analyse claire, nette et tout à fait juste du coach en conférence de presse des manquements de l’équipe, mais une incapacité à trouver et/ou à mettre en place un système qui vient résoudre ces problèmes…

Bientôt des réponses ?

Bien sûr, je ne peux qu’espérer me tromper et je souhaite à notre Philou et à notre équipe la plus belle des réussites cette saison.

Mais avec l’effectif actuel et surtout le mercato qui a été réalisé cet été, nous y verrons quoiqu’il en soit plus clair dans les questions que nous nous posons depuis quelques années sur cette « malédiction » qui touche les recrues messines. Mesdames et messieurs, en mai prochain nous serons fixés. Loin de moi l’idée d’exclure toute autre hypothèse, ou d’avoir délivré un exposé exhaustif des raisons qui ont causé l’échec de nos recrues. Mais en signant dès le mercato estival des joueurs expérimentés, de qualité reconnue, francophones et habitués du championnat, le club nous facilite l’analyse de ce mercato qui pourra être faite à la fin de la saison. En cas d’échec de la mission qu’est le maintien cette saison, les dirigeants pourront difficilement se trouver des excuses et ainsi remettre en cause le staff technique et l’entraîneur en place, seuls éléments qui pourraient encore expliquer l’échec.

Et ils pourraient éventuellement, dans ce cas, enfin décider de mettre en place un staff digne de ce nom. Car Metz et ses supporters le méritent.