L’oubli de l’Histoire fait qu’on ne sait plus pourquoi on déteste Nancy

L’oubli de l’Histoire fait qu’on ne sait plus pourquoi on déteste Nancy


2016 ! Ah quelle belle année ! Metz fête son retour en Ligue 1 sur la terre lensoise, L’amerlock arriviste de Bradley se fait baiser pour un but, Rousselot se fait avoir en voulant vendre son club qui devait jouer la Champion’s League d’ici 3 ans. Mais cette belle année signifie aussi le retour du FC en Ligue 1. Ce retour s’accompagne d’un derby, afin de le préparer au mieux et d’éviter la gueguerre interminable d’ado’ sur Twitwi j’ai décidé de me plonger dans les archives municipales de la ville de Metz la BU pour retracer la genèse de cette rivalité Metz-Nancy.

Bref, on commence aux alentours de 800, Metz est une ville illustre faisant partie du Saint-Empire qui obtient de nombreuses prérogatives. Elle se revendique « ville libre », et est surtout une ville très riche avec son gouvernement des Paraiges (non, pas le bar même si vous pouvez avoir 10% sur vos consos grâce à notre Pan national qui a élu résidence secondaire Place St Louis). Néanmoins, on va nommer Metz, Metz la Pucelle, non pas parce que c’est une putain de vierge qui s’amuse à liker sur instagram, Facebook ou Twitter des boules et des seins, mais parce que c’est une ville qui reste inviolée ; et ce malgré les tentatives d’incursions des ducs qui devaient de l’argent, en gros.

 

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En opposition, Nancy est une petite cité créée au XIe siècle avec la volonté d’y installer la capitale ducale de Lorraine. Une cité qui se trouve être ravagée par Frédéric II en 1218. Sous le règne de Ferry III, Nancy s’affirme à travers les rivalités du comte de Bar et des évêques de Metz ; des guerres dues au commerce, principalement. Mais Nancy ne dispose que d’une population de 1000 âmes à peine vers 1300, quand Metz, elle, en compte alors 30 000.

Durant le Haut Moyen-Age, la sacralisation du conflit entre le duché de Lorraine et Metz se situe, selon moi, en 1420, lors d’un mariage pour unir le duché d’Anjou et celui de Lorraine. Autant le dire, une amitié Nancy-Angers, même au XVe, c’est sacrement dégueulasse.

Cette union renforce, 10 ans plus tard, le Duché de Lorraine de l’actuel Bar-Le-Duc et du duché barrois, isolant un peu plus Metz (mieux vaut être seul qu’accompagné de la banlieue sud et de Meusiens dont la consanguinité n’est plus à démontrer), et s’assurant ainsi d’une place forte, faisant naître Nancy comme une capitale administrative.

Les Nançois vont alors profiter d’un conflit les opposant à Metz pour saisir le roi de France et déclarer la guerre. En effet, la duchesse Isabelle s’était rendue en pèlerinage à Pont-à-Mousson (ne juge pas comme ça, c’est beau, PAM). Les raoudis messins en avaient alors profité pour dérober ses bagages, exigeant les sommes importantes que leur avait empruntées le duc.

Vient l’époque moderne, une époque que l’on considère comme la fin du Moyen-Age jusqu’à la révolution de 1789, pour situer les bornes chronologiques. On y voit une opposition militaire quelque peu en recul au profit d’une opposition plus politique, plus diplomatique, où Nancy refait son retard sur Metz.

En 1588, les Lorrains crurent le moment propice pour faire valoir d’anciennes prétentions, le duc de Lorraine tente ainsi d’obtenir le gouvernement de Metz qui se solde par un échec. Metz passe sous giron français en 1552 – de droit en 1648 par un traité, à savoir celui de Westphalie. Metz devient alors la principale place d’armes du royaume, un bastion avancé aux frontières de la Lorraine, de l’Allemagne et de la Flandre, tandis que le rassemblement à Metz des administrations en fait la capitale de l’Est du royaume de France. C’est par exemple de Metz qu’est effectué le rattachement de la Lorraine à la France par Louis XIV. De concert avec le Roi, la cour souveraine messine fait le siège du duché de Lorraine. Cette dernière est annexée une première fois à la France en 1683.

Si Metz, sous Louis XIV, jouit d’un parlement fort et de la bienveillance du souverain à son égard, l’installation de Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne en 1709, à la tête du duché de Lorraine va être, elle, une tout autre histoire. Ce dernier doit son salut au mariage de sa fille Marie avec le nouveau roi de France Louix XV en 1725 ; ce nouveau roi, au moment d’un rattachement de la Lorraine à la France, le parlement messin veut étendre sa juridiction sur l’ensemble de la Lorraine, qui rencontre une opposition de la part de Nancy.

Metz perd ainsi son parlement auprès de Louis XV au profit de Nancy, plus docile (ça ne vous rappelle rien Platini, LFP, Rousselot à la présidence, bon, non ? D’accord… Je pensais que…), et ce malgré un pouvoir politique frôlant les abysses du néant.

Stanislas fait de Nancy un foyer intellectuel et artistique, rivalisant alors avec les capitales européennes. Ce grand-duc de Lorraine meurt en février 1766, le tout dans des conditions rocambolesques. En effet, le pan de sa robe s’est trouvé être consumé sans flamme ; étant presque aveugle, Stanislas perdit ses repères, appelant au secours, mais personne n’accourut, il faudra attendre plusieurs minutes pour voir l’afflux de domestiques accourir à sa rescousse. Finalement, la mort l’emportera une dizaine de jours plus tard, à presque 89 ans.

À la mort de son dernier duc, la Lorraine devient de façon définitive française. Il y a donc alors en France deux Lorraines où Metz et Nancy cherchent à en assurer le contrôle. Enfin, petite anecdote des familles pour conclure l’animosité ambiante durant le Moyen-Age et l’époque dite moderne, il n’existait pas de péages gratuits entre le Nord et le Sud. La libre circulation des produits n’existait pas entre Metz et Nancy, et ce même lorsque le duché de Lorraine devient français.

On va passer, et ce de façon volontaire, le temps de la révolution des bourgeois en 1789 pour arriver à un moment majeur dans la rivalité des deux villes. La guerre de 1870

Deux villes qui vont se tourner le dos après la guerre de 1870

C'est pas écrit mais c'est sous-entendu que c'est Metz qui doit gagner

C’est pas écrit mais c’est sous-entendu que c’est Metz qui doit gagner

La guerre de 1870 voit l’annexion de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne. Metz, qui est jusque-là le bastion de l’Est et fait office de rempart à la Prusse, quitte donc la France, et ce jusqu’en 1918. Il faut savoir que Metz n’est pas voulu dans l’Allemagne. Ainsi, de tout temps, Metz est une ville française, et ce même durant sa république messine et son temps sous le Saint Empire germanique. En effet, Bismarck récupère Metz uniquement pour satisfaire son état-major afin de s’assurer qu’une revanche ne soit pas possible.

À cette époque, on voit un afflux considérable d’Alsaciens et de Mosellans fuyant l’Allemagne pour rester français, ainsi 43% des habitants de la ville de Metz fuient la ville afin de rester français, dont 96% des appelés pour le service militaire allemand. On entend même, vers 1880, « Metz n’est plus dans Metz, mais à Nancy » ou encore « il y plus de Messins à Nancy qu’à Metz, nous n’avez qu’à vous retourner, vous en verrez partout ! » (Promenez-vous un jeudi soir à la sortie des bars de Nancy, un petit retour en 1880 vous fera le plus grand bien, ô messins).

L’assimilation n’est pas enclenchée et on distingue trois groupes : les Messins, les Nancéiens et les Strasbourgeois. Une distinction qui va disparaître le temps d’une génération et ces anciens Messins deviennent alors de parfaits Nancéiens (qui sait, peut-être que le capo du sulfureux groupe ultra Samedi FC est peut-être Messin par le sang, Nancéien de papier).

Alors que Metz est un échec de la germanisation, on retrouve deux blocs distincts : d’un côté, les Allemands de Metz venus d’Allemagne pour combler le vide créé par le départ de la moitié de la ville, et de l’autre, les Français d’avant 1870. Deux groupes qui ne se fréquentent pas.

Enfin, le fait que Nancy récupère les institutions de Metz et de Strasbourg avec ses industries permet le développement important de la ville jusqu’à la réunification de l’Alsace-Moselle à la France en 1945.

Guerre politique des deux villes jusqu’à nos jours

Merci Raymond!

Merci Raymond!

L’opposition Metz-Nancy que nos grands-parents ont connu, que nos parents ont connu et que nous connaissons résulte donc plus d’un contexte géopolitique que sportif. L’antagonisme qui résulte aujourd’hui n’est que le fruit d’une querelle sportive datant de 1990 et l’avènement des ultras ou de la création de l’ASNL en 1967. Mais, déjà en 1972, la rivalité Metz-Nancy est palpable à travers une réforme régionale rentrée en application en 1974 voyant Metz comme capitale administrative de la Lorraine. Une primauté mosellane remise en cause par Nancy, et notamment par l’Est républicain, Ce dernier décide finalement, en 1979, de s’associer avec le Républicain Lorrain pour la répartition de l’émission des journaux. Chaque projet est épié, négocié et relance parfois la querelle.

Metz est devenu le principal nœud autoroutier de l’Est renouant avec son passé romain grâce à son maire et ministre des transports Raymond Mondon. Dépossédé de son rôle de cité ducale, les Nançois crient à la spoliation, au dépouillement, voire à la vassalisation. Nancy n’est plus l’unique grande ville française de l’Est comme entre 1871 et 1914, Metz s’est développé, n’est plus une ville militaire, mais possède aussi les administrations de la région et s’est dotée d’une université, malgré les protestations de Nancy. En clair, rien ne peut être attribué à l’une ville sans que l’autre réclame son dû.

Metz et Nancy font alors figure de rivaux dans une situation qui tend de plus en plus à une régionalisation aux frontières de plus en plus compliquées à distinguer. Metz ne semble pas s’associer à Nancy, préférant une quattropôle imbriquant Luxembourg-Ville, Trèves et Sarrebruck.

Cette rivalité demeure depuis presque toujours. Le fait que le football soit devenu la retranscription de la guerre moderne, où l’on voit exposer et se mélanger les différentes couches sociales autour de tradition comme défendre les couleurs de sa ville et de son club sont ainsi liés à l’Histoire.

Le football étant le plus beau vecteur social qui existe et non un sport futile, résultant d’une mentalité française hautaine. C’est aujourd’hui presque le seul moyen d’exprimer cette rivalité qui perdure et qui doit perdurer dans la limite du raisonnable. En autorisant, par exemple, le déplacement des supporters afin de faire de ce derby un événement, d’une fête et non d’en faire un match finalement sans enjeu.

La croix de Lorraine ?

Qu'elle est belleee

Qu’elle est belle !

Avant de devenir le symbole de De Gaulle et de la France libre, cette croix, importée en Lorraine par la maison d’Anjou (décidément, ce mariage princier…) vient de Hongrie. Elle prit tout son sens durant le règne de René II et permettait de les différencier des Bourguignons à la croix de Saint-André. Obtenant une victoire, René II n’étant pas Pablo Correa, face aux Bourguignons cette croix sera largement diffusée comme l’emblème du duché. Elle est depuis le signe de la lutte face à l’oppresseur et le signe de la nationalité lorraine.

Le chardon lorrain ?

Il faut rappeler d’emblée qu’au Moyen-Age, le chardon était le symbole de la vierge. Son symbole et sa devise sont aussi importés par René Ier d’Anjou avec sa devise « qui s’y frotte s’y pique » Il faut attendre le XVIe siècle pour, accrochez-vous bien, voir naître le chardon comme symbole de courage et d’agressivité d’une ville dans l’adversité.

©MaxPPP Le chardon représente le courage et l’agressivité de la ville

©MaxPPP « Le chardon représente le courage et l’agressivité de la ville » dixit Jeff Louis

Pourquoi le FC Metz joue-t-il en grenat ? 

En 1936, lors d’un match en déplacement à Marseille (perdu 4 à 0), les supporters de l’OM conspuent les Messins, et profèrent des insultes à caractère anti-allemandes, le noir et blanc étant les couleurs de l’équipe nationale d’Allemagne. Raymond Herlory décide de changer la couleur des maillots messins pour améliorer l’image du club et de la ville. Le grenat, une pierre précieuse utilisée en joaillerie, est alors utilisé comme couleur du Cercle Athlétique Messin, l’un des deux clubs à l’origine du FC Metz, et devient ainsi couleur officielle du club. Les maillots blanc et noir, eux, ne sont aujourd’hui utilisés qu’en maillot extérieur. Quant au jaune, de la pierre de Jaumont, le club l’utilise en troisième maillot.

La couleur des maillots du FC Metz est grenat depuis un certain 27 décembre. Savez-vous pourquoi ?