FCM – TFC : retour en terre promise

FCM – TFC : retour en terre promise


En ce frais mercredi soir de décembre, je me retrouve donc comme seul représentant de la Factory à Saint-Symphorien, lieu pourtant très dangereux où les engins de types explosifs se mêlent habituellement aux chants grossiers et simplistes de groupes de supporters extrémistes et mal éduqués. Beurk. Heureusement, notre bon Bernard a enfin décidé de passer à l’acte, me laissant au calme dans une tribune Nord où les spectateurs lunatiques, partagés entre le désir avide de voir leur équipe conserver la balle et l’envie de siffler la moindre passe en retrait, correspondent beaucoup mieux à ce qu’on attend d’une ambiance de stade de foot français. Compte-rendu de ce match sous basse tension.

L’avant-match

Et pour bien commencer, quelle ne fut pas ma surprise à mon arrivée aux abords du stade quand j’aperçus, charnues et fières comme des paons, les premières forces de sécurité chargées de procéder à un premier filtrage. Un passage dans une porte formée par des barrières, une fouille un peu plus poussée, et voilà tout. 10 bonnes minutes d’attente au milieu de spectateurs parfaitement normaux et civilisés mais qui n’auraient eu aucune peine à passer avec un pétard bien caché, pour que le service communication puisse souligner la réussite sur le papier d’une opération parfaitement futile.

Une deuxième fouille à l’entrée de la tribune, et on peut enfin se poser pour observer avec un effroi plus ou moins intense la composition proposée par Philippe Hinschberger.

Attention on se mouille la nuque avant de voir le numéro 23

Non pas que cette composition soit parfaitement dégueulasse, mais c’est bien l’aperçu de la présence de Chris Philipps dans le onze qui a fait recracher toutes leurs glaires aux spectateurs de la rencontre. Il faut se le dire, Philipps, c’est bien le joueur représentant le plus gros motif d’espoir pour tout fan de foot ayant, face à la terrible réalité de son niveau de district, presque abandonné l’idée de devenir un jour footballeur professionnel. Les plus épileptiques d’entre nous ont dû réagir brusquement aux titularisations simultanées de Signorino, Milan ou encore Vion. Le trio de milieux offensifs SarrMolletHein donne cependant une certaine allure à cette équipe, et c’est, chargé de préjugés, pour cette unique raison que l’on se prend bien volontiers à espérer un match un tant soit peu intéressant.

Une ambiance monotone pour une performance convenable

C’est sous une affluence de 5800 personnes et une tribune Est tristement vide de spectateurs mais saupoudrée de quelques vigiles tout de bleu vêtus que le match débuta. La tribune Ouest n’est pas en reste avec un kop d’une petite quarantaine de membres venus chanter leur soutien à l’équipe et surtout au mouvement ultra.

Tribune Est, Tribune Ouest, même combat.

Dès le coup d’envoi, les Grenats se lancent à l’assaut du camp toulousain et mettent la pression sur les Violets. Le 4-2-3-1 concocté par Hinschberger fonctionne bien, les transitions défense-attaque se font avec fluidité à l’image d’un Florent Mollet au four et au moulin et juste dans ses choix et ses transmissions. C’est tôt, mais assez logiquement que les Messins ouvrent le score suite à une douceur d’enroulé pied droit de ce même Mollet venant se loger dans la lucarne de Goicoechea. Une équipe qui veut aller de l’avant, avec des joueurs impliqués, des latéraux offensifs, de la justesse, et ça paie, comme par hasard. Les Toulousains profitent paradoxalement de ce but encaissé pour se remettre dans le match et égaliser sur pénalty par l’anciennement inévitable Braithwaite, transformé suite à son récent passage au salon Franck Provost Toulouse en un attaquant métisse lambda de Ligue 1. La première mi-temps s’achève donc sur ce score de 1-1, sous les sifflets parsemés de quelques supporters en colère après une période d’arbitrage discutable. On peut dresser un bilan plutôt positif de ce premier acte, dans lequel l’équipe s’est bien comportée, a remporté des duels, et fait preuve d’une relative solidité.

De bonne augure pour la seconde période, qui démarre sur une grève (probablement non intentionnelle on vous rassure) des chants en tribune Ouest durant une dizaine de minutes. C’est sur les chapeaux de roue que les Messins se lancent dans ces 45 dernières minutes, ayant eu à plusieurs reprises l’occasion de repasser devant. S’en suit une période d’accalmie si longue qu’elle semblait quasiment éternelle. Les dernières minutes, plus emballantes, avec une équipe à la Croix de Lorraine dominatrice, ne départagent pas les deux escouades qui doivent alors se livrer à l’impitoyable séance de tirs aux buts.

Surréelle, cette séance, il faut le dire. Malgré une tension moyennement élevée, possiblement due à l’enjeu pratiquement absent dans cette compétition, elle eut le mérite de tenir en haleine et de mettre à bout les spectateurs apparemment pressés de retrouver la chaleur de leur foyer, contrastant avec la fraîcheur de la nuit symphorienne. La lumière vint de David Oberhauser, qui d’une main gauche presque aussi ferme que le sexe de Thibaut Vion devant un restaurant Nabab, puis d’une mine du droit presque aussi puissante que celles que se mettait Métanire au Klubb un soir de victoire, donna ainsi à toute son équipe le droit d’aller se faire ouvrir l’orifice inférieur au Parc des Princes en janvier.

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Quand tu tires le petit poucet en quarts

 

Toujours pas de certitude

Comme tout match de football il est possible de tirer quelques enseignements, bien que peu nombreux. La prestation collective plutôt correcte doit d’abord souffrir d’une nuance : l’opposition était très faible. Le Tef’, qui alignait quelques remplaçants, n’a pas livré une bonne partie et a subi pendant une grande partie du match. Cependant, quelques signes pourraient nous tromper encore une fois et nous donner envie d’y croire : une équipe impliquée et appliquée, qui avait envie de jouer au ballon (enfin), et qui était organisée de sorte à déstabiliser la défense adverse. Comme prévu c’est le trio d’offensifs qui s’est mis le plus en évidence avec un Hein qui a fait l’étalage de sa finesse, un Mollet en métronome, et un Sarr littéralement déchaîné à qui il ne manque plus que le football pour devenir un footballeur.

Quelques cas contraires isolés sont à signaler, avec Vion qui n’a pas touché une balle intéressante, ou Mandjeck qui a manqué la majorité de ses entreprises, mais le reste de l’équipe s’est fendu d’une prestation plutôt décente, avec en surprise du chef une performance tout à fait honorable d’un Chris Philipps métamorphosé, allant même (parfois) jusqu’à faire des passes vers l’avant. Une ligne arrière plutôt solide malgré quelques balbutiements et maladresses, qui a été assez peu inquiétée, et un Falette qui a pu se targuer de quelques sorties balles au pied. L’équipe, bien organisée et utilisant avec intelligence tout l’espace du terrain, s’est cependant heurtée à l’incapacité des latéraux/ailiers à placer un centre correct dans la surface. La stratégie des centres à mi hauteur était pourtant cette fois-ci intéressante, à la vue du gratte-ciel qui occupait la défense centrale toulousaine, mais Metz, à l’image d’Ivan Balliu, s’est à nouveau entêté à viser les arrières adverses. Cette sensation que les joueurs centrent pour centrer et pas pour trouver un partenaire est toujours aussi déprimante… C’est donc un point à travailler, surtout quand l’équipe présente des latéraux qui savent prendre leur couloir et qui ont tendance à beaucoup monter.

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« Grosse race ce soir, hein David ? »

Au final, la qualification est là, et on ne crachera pas dessus. Mais elle ne peut nous faire oublier l’essentiel.

Et maintenant ?

Cette rencontre, sportivement parlant, permet d’apaiser partiellement les plaies ouvertes lors des dernières semaines. Cependant elle ne doit pas être l’arbre qui cache une forêt de doutes. L’irrégularité de l’équipe et des prestations individuelles, les errances tactiques d’un entraîneur aux capacités toutes relatives, un effectif trop souvent fusillé par les blessures et les suspensions, et désormais le resurgissement des tensions entre supporters et dirigeants qui n’ont jamais été bénéfiques au club, nous invitent à la plus grande prudence suite à ce succès, et ce comme à chaque succès depuis le début de la saison.

Sur ce dernier point tout particulièrement : qu’est ce qu’on s’emmerde sans deux kops remplis, chantant et célébrant leur équipe, sans parcage adverse pour apporter cette adversité en plus, cette tension, cet enjeu qui font partie intégrante du football. Hier, on avait plutôt droit à ce genre d’ambiance sinistre qui vous dégoûterait de ce sport. C’est dans ces moments que cette citation si fragile et irritante prend pourtant tout son sens : « c’est quand on perd quelqu’un qu’on se rend compte à quel point on y tient ». Aujourd’hui Metz a perdu ses plus fervents supporters, et cela se ressent très durement.

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