FCM-EAG : le cadeau empoisonné

FCM-EAG : le cadeau empoisonné


Il a fallu du courage pour retourner dans le « Theater of Dreams » lorrain ce mercredi. Avec une bonne doudoune, des gants et des bottes fourrées, vous étiez certes protégés du froid sibérien qui s’abattait sur les bords de la Moselle, mais pas du spectacle alanguissant qui se déroulait sur la pelouse, devant vos yeux meurtris mais impuissants. Retour sur un match qui amène le FC Metz en plein milieu de nulle part.

L’avant match

En y repensant, j’ai eu de la chance d’avoir déjà avalé ma gorgée de vin chaud avant d’avoir aperçu le onze de départ proposé par Philippe Hinschberger. J’aurais sans doute brûlé le visage de mon ami Valou en recrachant ce nectar divin, subjugué par le culot du coach d’avoir présenté, sans aucun scrupule, l’équipe présentée ci-dessous pour faire face au cinquième. J’ai la tendre impression qu’on se répète, et que les supporters ont toujours cette même boule dans la gorge chaque semaine à une heure du match en constatant avec dépit la composition de l’équipe. Alors Philou, laisse moi te le dire, je le fais pour le bien de tous : c’est quand on gagne qu’on ne change pas une équipe.

C’est pas un montage

Cette fois assis en tribune sud, en homme polyvalent et riche que je suis, j’aperçois du beau monde défiler devant mes acolytes et moi. « Mdr regarde c’est Agouazi », « oh putain, Julien François », « Biancalani, sans blague ». Et si eux trois étaient sur le terrain, en plus de Borbiconi, Marchal et Erding aussi présents en tribunes, il serait fort à parier qu’on ne passerait pas une pire soirée.

Cela dit, un rare sentiment d’instabilité psychologique m’habite, comme c’est le cas pour beaucoup de mes camarades. Qu’espère-t-on sincèrement de ce match ? Ne vaudrait-il pas mieux prendre une rouste, un bon petit 3-0 et remercier Philippe pour le travail qu’il a accompli, plutôt que de gagner ce match et repartir pour quelques semaines de doutes au moins ? Si, carrément putain. C’est donc finalement avec une demi-molle que je m’installe en repensant au placement défensif du duo MandjeckDoukouré, aux consignes de marquage attribuées à Jonathan Rivierez, et aux mains faillibles de David Oberhauser.

Un match qui a alterné entre le très mauvais et le médiocre

Le déroulé de la première mi-temps, si on l’approche de manière très schématique, est d’une simplicité enfantine: un but et du vide. Triste spectacle auquel a assisté la dizaine de milliers de spectateurs lorrains, présents malgré tout ce qui pouvait les empêcher de venir au stade ce soir-là.

Néanmoins, le public de Saint-Symphorien est un habitué de ce genre de rencontre, et s’enthousiasmait même de voir, suite à un corner dévié par l’inévitable Thibaut Vion, le grand par la taille et un peu moins par le talent Opa Nguette, d’une formidable reprise semi-volontaire du quadriceps, ouvrir le score, face à des Guingampais d’une rigueur rivieresque au marquage. C’est ainsi que, malgré une première mi-temps insipide, les Grenat rejoignent les vestiaires avec une longueur d’avance.

C’est au retour de ces mêmes vestiaires que l’équipe d’Hinschberger va exposer toutes ses faiblesses face à des Guingampais qui étaient déjà en vacances en première mi-temps. Sur un corner de la même trempe que celui réussi par les Messins en première mi-temps, Jonathan Rivierez offre un périmètre de déplacement libre à Jimmy Briand qui finit du pied droit face à un Assou-Ekotto tout étonné.

Évolution en images d’un marquage dit « rivieresque », par son théoricien :

« C’est bon j’le gère. Toute façon il est petit le Jimmy, il le viseront jamais sur corner, tranquille Djo »

« MDR c’est bon Jimmy j’te vois, t’es derrière, fais pas genre tu vas te démarquer ça sert à rien ils ont visé le grand black au milieu »

« Et hop… Hein quoi ? Wesh c’était une combinaison en fait ? »

Très rapidement les Guingampais prennent le dessus, mettent le pied sur le ballon et maîtrisent au milieu de terrain. Cependant, ils restent fragiles derrière et laissent des espaces au diabolique Cheick Doukouré qui n’en demandait pas tant, et c’est peut être pour cela qu’il envoya sa balle de but en plein dans le stadier. Pas assez réalistes et trop imprécis, les Messins laissent filer le match et les Rouge et Noirs en profitent, avec un doublé de Jimmy Briand parfaitement servi par Marçal. J’aurais facilement pu vous proposer une autre délicieuse illustration d’un marquage rivieresque, mais je n’aime pas m’acharner et la Factory n’a pas envie de se mettre à dos la horde de pro-Rivierez peuplant la twittosphère. On vous laissera donc la possibilité de vous faire votre propre avis sur la question.

Alors que les trois tribunes ouvertes prennent doucement des allures de tribune Est, avec le départ anticipé de nombreux énergumènes, pressés d’allumer le chauffage dysfonctionnant de leur 206 pour se réchauffer les miches et d’aller déguster le paté en croûte qui végète dans leur frigo depuis quelques jours, les Messins n’ont pas abdiqué. Mollet, Hein et Diallo sont entrés et ce dernier manque un face-à-face que même un certain Amido, que portent dans le coeur les supporters du club à la Croix de Lorraine, aurait pu, avec de la chance, mettre au fond. Dieu, fatigué de voir des Grenat si dangereusement inoffensifs, se charge du reste, et place le grand Diallo sur le chemin de la frappe manquée de Hein, pour dévier le ballon au fond des filets. Alors que Saint-Symph éclate de joie, Valou est proche de déchirer son abonnement. Et on le comprend.

Une prestation inquiétante et un nul qui dérange

Comme on l’avait prévu précédemment après la victoire en Coupe de la Ligue, rien ne servait de s’emballer, et penser que cette qualification allait relancer la machine était peine perdue. L’équipe présente toujours les mêmes défauts, la même fébrilité défensive, le même néant niveau football. La performance de l’équipe à Caen (0-3), samedi dernier, puis face à cette équipe de Guingamp bien inférieure à ce qu’elle vaut habituellement, ne peut que nous alerter.

D’abord, on va se répéter, l’équipe ne présente aucun fond de jeu, aucune identité. Toujours rien ne semble être mis en place, le jeu collectif est d’une misère absolue. Les phases offensives ne semblent être que de vulgaires improvisations par les joueurs ayant la qualité technique nécessaire. Problème de haute envergure : on en a déjà très peu. Sans Erding, blessé, l’attaque ne ressemble pas à grand chose ; Vion et Diallo, c’est vraiment trop faible pour la Ligue 1, ou en tout cas pour l’instant. La titularisation constante du duo MandjeckDoukouré dans l’axe du milieu de terrain renforce ce problème, car aucun des deux ne possède le bagage technique suffisant pour être un apport utile en phase offensive. Il est nécessaire de rajouter que la stabilité défensive voulue avec ces deux joueurs est très loin d’être assurée, la paire étant en constante désynchronisation, laissant des espaces énormes en défense et étant beaucoup trop irrégulière. Résultat, on retrouve souvent Cohade ou Hein, esseulés, à tenter de jouer au ballon, sans réel espoir.

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Moins de 50 plaques le mois tu mentionnes pas

Puisqu’il ne manquait plus que ça, défensivement, c’est la catastrophe. À nouveau, c’est une très grosse déception car le club s’est armé de défenseurs à priori au niveau, et n’a pas hésité à y mettre les moyens. À Caen, les défenseurs peuvent être considérés comme responsables directs des trois buts concédés. Balliu est impuissant sur le premier, Bisevac plombe l’équipe en prenant un carton rouge, Milan passe au travers sur le troisième. Quant à mercredi, on a vu plus haut que Rivierez était impliqué sérieusement sur les deux buts des visiteurs. Ces dernières semaines, Didillon était aussi mis en échec, ce qui a poussé le coach, à tort ou à raison, à le sortir du groupe.

Le FC Metz est donc en échec en tout point de vue : fragile derrière, inoffensif devant, malgré le fait que le coach dispose d’une équipe qu’il a à priori bâti lui-même. Si on rajoute les compositions douteuses, le coaching hasardeux, et le comportement désinvolte de certains joueurs (coucou Bisevac, passe de bonnes vacances hein), on obtient un mélange terriblement indigeste comme le combo huîtres – foie gras – dinde au marrons, que vous regrettez probablement d’avoir essayé hier ou avant-hier.

Cette situation qui dure depuis plusieurs mois est fatigante et a invité beaucoup d’entre nous à se demander, comme mentionné plus haut, si la meilleure recrue pour le FC Metz serait un véritable entraîneur. Une défaite mercredi aurait encore ouvert plus grand la porte à un départ d’Hinschberger, et à l’inverse, aurait peut être redonné espoir à la communauté. Cette égalisation de Hein en fin de match apparaît donc comme un cadeau empoisonné, en apaisant un peu la situation autour d’Hinschberger. La Factory ne désespère pas pour autant, et malgré la probabilité infime qu’un événement de la sorte se produise, elle espère que son Bernard adoré saura faire les bons choix au bon moment. Car il est probablement grand temps que cette situation change et aille vers le mieux.