Le soutien social perçu ou l’efficience performante : le mythe du Self-made Man

Le soutien social perçu ou l’efficience performante : le mythe du Self-made Man


Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas, cet adage est vrai pour énormément de choses mais certainement pas pour la forme du FC Metz en ce moment, tant sur et en dehors du pré. Oui, je commence un post en parlant de football directement. C’est à force de cotoyer les hools de la Grenat Factory que je me suis pris d’une affection particulière pour ce club si chatoyant mais au demeurant si compliqué à saisir dans sa singularité singulière.
Cette semaine, pas de sollicitation de leur part, à part la consultation hebdomadaire de l’un des membres de l’équipe qui ne s’est toujours pas remis nerveusement d’un score peu flatteur contre une équipe de « pénis gigotant sur un terrain doublés de coprophages assidus et développés en association », à défaut d’avoir les mots voici l’idée générale. Toujours est-il que cela faisait longtemps que je n’avais pas été sollicité, et motivé par je ne sais quel démon, je décidai de proposer mes services d’emblée (moyennant un rabais, je sais être sympa). En effet, l’affaire très médiatisée du pétard a attiré mon attention. Mais ce n’est pas le fait que le monde du football s’est senti outré du jet de cet objet phallique qui attira mon attention non, ce sont les réactions de la direction qui m’ont titillé.

D’abord intrigué puis passablement agacé ensuite, je mis le nez sur le manque de compréhension sportive de la plus haute figure directoriale messine : son président. Je décidai donc de me pencher sur sa volonté personnelle de soutirer le soutien social manifeste qu’apportent les supporters tout en pensant que c’était une bonne idée. Ce sera peut-être l’occasion pour moi d’en faire un article sur ScienceDirect et d’en boucher un coin à Mr Pichard une bonne fois pour toute.

Mais tout d’abord, il me faut me dépecer de mon habit de clinicien pour prendre celui d’un comportementalo-cognitiviste. Car si même ma personne en tant que personnage clé du rouage psychologique de la Factory (cette belle institution) se base sur des théories analytiques, je vais devoir virer de bord pour expliquer ce qui suit. 90% des personnes qui me liront ne comprendront pas la différence mais Mr Pichard si, alors bon hein bon ok.

Explication. En 1982, Albert Bandura se pencha sur un phénomène qu’il nomma « auto-efficacité« . Cette notion symbolisait les ressources développées par une personne pour réaliser une tâche (ou changer de comportement) et sa capacité à croire en sa propre réussite. C’est ce que l’on nomme en football « la confiance » ; un joueur qui ne l’a pas va être moins tranchant et on va imputer la chose à son manque de confiance en ses capacités (et non pas à l’estime de soi, qui prend en compte la valeur de l’individu d’une manière générale. Suivez un peu bordel). Ce sentiment d’efficacité personnelle (synonyme de.) est le fruit de 4 sources dont l’une d’entre elles nous intéresse particulièrement : « la persuasion par autrui ».
C’est-à-dire qu’il faut que quelqu’un de significatif pour la personne croie en la capacité de la dite personne à faire quelque chose. Vous voyez où je veux en venir mais je vais quand même l’expliciter: les supporters, de par leur rang significatif intrinsèque, génèrent une atmosphère dans un club de foot et donc sur ses joueurs. S’ils croient en la capacité d’une équipe en défiance (ou non), c’est un premier pas vers l’amélioration de la performance. Cette source peut aussi être l’entraîneur, mais Bandura ne précise pas l’impact de la guitare dans ce concept du coup je ne sais.

Car oui, un sentiment d’auto-efficacité haut apporte une nette amélioration des performances (demandez à Cavani ou Vion). Cependant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il ne donne pas du talent, il active juste un processus mental particulier positif qui va prendre les échecs dans ses tentatives comme des apprentissages et non plus comme des marques de son infériorité. Un contemporain, Behavioriste de Milgram, avait fait une étude où des enfants devaient soulever des petits poids à l’aide de leur annulaire, le tout avec le dos de la main collé sur la table (dans un instrument chelou mais osef, ils étaient grave bizarre les psys des 50’s). Cette étude nous montre que devant un « public » (camarades de classe) qui l’encourage, l’enfant pouvait soulever 3,5 fois plus de poids que sans. C’est énorme.

Le sentiment d’auto-efficacité de Bandura rejoint le concept de Soutien social perçu développé par Sarason en 1987, qui nous dit grosso modo que le soutien effectif (réel) est tout aussi important que le soutien perçu (que la personne ressent) dans la perception de l’accomplissement d’une tâche et la diminution du stress (dans sa grande signification, mais pas le temps de vous l’expliquer là). « Savoir et prendre conscience que d’autres croient en vous, vous fait grandir. », voilà ce que ça dit.

Mais ici se bloque un point : le mythe du Self-made Man. L’homme qui s’est fait tout seul, qui s’est fécondé. Mythe très valorisé dans une société basée sur la possession et la hiérarchisation des classes sociales, qui prend sa source dans une volonté de sortir d’un trou pour poser son derrière sur une tour. C’est quelque chose de très en vogue dans le milieu sportif, une manière de dire, aussi, que la critique n’atteint pas et que Tut-Tut les rageux. Une manière illusoire aussi de penser qu’on est seul contre tous et que si on rate, c’est en partie pas notre faute (locus of control externe). C’est une bonne utilisation du Coping d’évitement (mécanisme de défense contre une attaque contre le moi pour les puristes), mais c’est utile sur du très court terme. Mais le football c’est long, et jouer l’autruche en pensant que seul notre volonté peut nous grandir c’est illusoire.

C’est là le pourquoi de cet article, certains joueurs ainsi que notre président, sont tellement persuadés de subir des foudres imméritées contre eux (locus of control externe, suivez putain) que leur argument principal tient au fait qu’ils n’ont pas besoin de la source de leur auto-efficacité car c’est la source de leurs problèmes, causés non pas par eux, mais toujours par cette même source.
C’est cette même logique qui fait que notre Mandjeck met les banderoles et les pétards au même niveau (l’un est une manifestation d’une colère, l’autre un acte abruti sans lien) mais prend le temps de rappeler que sa Porsche est le #FruitDuTravail. Le Self-Made Man comme on dit.
Cette tragédie sociale qui résulte au final à marcher sur les autres pour se hisser plus haut en gardant de belles œillères sur les moteurs de réussite et de performance, c’est ça La plaie du XXIème siècle.

C’est surtout ça qui fait qu’on omet de lier les performances sportives au supporterisme, là où 50 ans auparavant dans un labo’ de Psychologie du comportement, on en montré l’efficience.

Pour mes coordonnées, prendre contact avec la rédaction de Grenat Factory. Évitez de vous garer devant le garage en venant au cabinet, sonnez une fois seulement à la sonnette.

Psychanalyste de renommée discutable, TataYoyo sévira sous la bannière de Grenat Factory aussi souvent qu’ils en auront besoin. Tant que la séance est payée, bien sûr.