Que deviens tu Babacar Gueye ? 1/2

Que deviens tu Babacar Gueye ? 1/2


Alors que l’année 2017 débute, je me suis dit qu’il était temps de sortir un nouvel épisode de ma série « Que deviens-tu ? ». En bon futur fonctionnaire, il était de mon devoir d’y aller mollo, comme Yohan. La régularité c’est surfait dans les médias ; comme Metz en Ligue 1, finalement. C’est pourquoi, avec un brin de nostalgie -ou non, pour les plus ronchons- nous allons retracer l’aventure d’un certain Babacar Gueye. Je tiens à préciser que cet entretien a été réalisé en mai dernier et que depuis des choses ont changé.

Babacar, peux-tu nous raconter ton arrivée à Metz. Ta période d’acclimatation à la ville, au climat et à la mentalité européenne ?

Je suis arrivé à Metz en 2002, durant l’été ; et heureusement ! J’ai ainsi pu connaitre l’autonome et la rudesse du climat messin en hiver. Je prends l’exemple de Manu (Adebayor) ou de Dino (Djiba) qui sont, eux, arrivés à Metz en hiver et où il faisait très froid. Je retiens de ce premier hiver qu’il fut très rude.

Pour mon acclimatation, je pense avoir été plutôt chanceux. Au centre, on était quelques Africains aussi. De ce fait on avait l’habitude de se retrouver tous les soirs au centre de formation dans la chambre d’un de nous. On tournait, soit chez Sega (N’Diaye), soit chez Dino, soit la mienne ou celle de Manu. On passait du temps ensemble, on avait notre cocon à nous et c’était une bonne chose pour nous, de nous entraider pour le moral, le manque de la famille, de nos villes.

Moi, je passais beaucoup de temps avec Momar (N’Diaye), on était si souvent ensemble que les gens ont fini par croire qu’on était des cousins. Je l’ai même retrouvé plus tard au FSV Francfort Je garde un très bon souvenir de cette période d’insouciance malgré les enjeux.

Tu gardes des contacts avec tout ce petit monde ? 

J’ai gardé des contacts avec beaucoup oui, surtout les Sénégalais. Dino vit toujours dans la région de Metz, j’ai d’ailleurs mon petit frère Ibrahima qui vit aussi dans le coin. La génération qui est venue après comme Papiss (Cissé) ou Momar N’Diaye. Avec Manu, c’était différent, on n’a pas gardé contact. La dernière fois que je l’ai vu date de 2009, je crois ; quand j’étais allé à Londres avec le Sénégal où, là, on avait vraiment bien échangé.

Tu effectues ton premier match professionnel, à 17 ans seulement, en tant que titulaire à Saint Symphorien, le 2 aout 2003, lors de la première journée de Ligue 1 contre Ajaccio. Comment est-ce possible ?

C’est un concours de circonstances, en fait. Jonathan Jager est blessé, il y a aussi Toifilou Maoulida qui n’est pas encore qualifié, car il venait en prêt de Rennes. Idem pour Pape Thiaw qui n’est pas qualifié. Le coach n’avait pas d’attaquant disponible.

Le coach Fernandez vient me voir lors de mes premières semaines chez les professionnels, il était réticent à l’idée de me faire jouer, il ne voulait pas prendre de risque du fait de mon âge et de mon inexpérience. Mais le fait est qu’il n’avait pas le choix. Il m’a demandé, moi je lui ai dit texto :  » je veux jouer ». Du coup je me suis retrouvé en pointe avec Alexandre Frutos. Quand tu te retrouves propulsé en Ligue 1 comme ça, d’un coup, c’est fou.

D’ailleurs cette saison 2003-2004 elle conserve une saveur particulière pour moi, je pense que c’est la saison que j’ai préférée à Metz. Ce n’est pas celle où j’ai été le plus efficace devant le but, celle où j’ai été le meilleur, mais c’est vraiment celle que je chéris. Moi les années Ligue 1 m’ont marqué. Il y avait des sacrés joueurs de Ligue 1 avec du vécu comme Grégory PromentSchuman Bah ou Bruno Rodriguez. Des joueurs connus qui ont plus de 150 matchs en Ligue 1. Le fait de m’entraîner avec eux, pour moi un jeune de 17 ans c’était quelque chose de fou.

D’ailleurs, sur les photos que j’ai conservées, c’est principalement de cette saison-là. Cette saison c’est aussi la saison où les jeunes se sont installés dans les titulaires. Il y avait Franck BériaLudovic ButelleSeb Renouard et même Ludo Obraniak, je crois.

Pierre Théobald a écrit une biographie sur le président emblématique du FC, Carlo Molinari, et il est question de Ribéry, sur le fait que le vendre a été une grande erreur. Que peux-tu nous dire sur lui en tant que joueur et en tant qu’homme, toi qui l’as côtoyé au tout début de sa carrière professionnelle ?

C’était déjà un sacré joueur quand il signe à Metz ; il signe pour une bouchée de pain en plus (NDLR Il arrive libre de Brest) et il était déjà au-dessus. Il portait l’équipe et il rendait tout le monde meilleur. C’est toujours plus facile de jouer avec des joueurs de cette trempe, qui éclabousse de par leur niveau et qui élève les autres aussi.

Il n’est resté que 6 mois, au vu de ses prestations il souhaitait améliorer son contrat, le club n’a pas voulu et il finit par quitter le club. À l’époque, on a tous vu unanimement qu’il irait en Équipe de France. C’est facile de dire cela maintenant, mais on le pensait réellement à l’époque. C’était évident pour nous.

Un joueur exceptionnel, des qualités physiques … (silence) après Franck est quelqu’un de têtu. Il est resté un mois et demi où il refusait de jouer. Il voulait renégocier son contrat et cela a créé des tensions entre son agent et le club. 

Arrive alors, ce qui reste et ce qui forge probablement ton bon souvenir dans le cœur du supporter grenat, la saison 2006-2007 où l’on voit Metz en Ligue 2 tel un ogre qui va dominer le championnat. Peux-tu nous raconter ton ressenti sur cette saison ?

Ça reste une saison exceptionnelle sur le plan sportif. On avait une très bonne équipe, la plupart des joueurs qui ont joué cette saison, ils sont, ou ont été, en Ligue 1, et ce pendant plusieurs saisons.

Avec Francis (De Taddéo) on avait un système parfait en 3-5-2, voire 5-3-2, et ce système-là allait avec chacun des joueurs. BériaBassongCheick Gueye, PapissLudo Obraniak, on avait une très bonne équipe. Il y avait aussi Gygax même s’il n’arrivait pas à rester titulaire.

Sur un plan personnel, j’étais attendu. Je sortais de deux saisons pleines en Ligue 1 et je devais confirmer et surtout planter des buts. Pourtant, en 6 matchs amicaux, je ne marque pas un but. Je commençais à me poser des questions parce que je jouais bien, mais pas un but (rires). On avait en plus fait une excellente préparation.

Au fur et à mesure, la confiance est revenue et j’ai planté. De plus, quand tu reçois des passes d’Obraniak, mettre la balle au fond n’est pas vraiment quelque chose de difficile. Ludo était un super joueur. Je me rappelle de quelques buts que j’ai inscrits où j’ai juste à mettre le plat du pied.

Plus tu marques et plus tu te sens invincible. Après, c’est… je ne sais pas comment l’expliquer. Mais tout m’a réussi la saison là, tout nous a réussi.

Je pense que c’est la saison où j’ai le plus marqué les supporters. Je termine dans l’équipe type, je marque 16 buts derrière Lesage. Moi, je retiens principalement que, sur le plan collectif, c’était une super année en étant champion 4 journées avant la fin, c’était vraiment bien! Mais elle va cristalliser aussi des regrets…

La même la saison prochaine ?

Tu évoques la saison qui suit en Ligue 1 où c’est l’ascenseur automatique pour le club ?

Oui, on n’a pas su solidifier la saison suivante, c’est mon plus grand regret de ne pas voir notre travail abouti (il soupire). Moi, c’est mon plus grand regret.

En sortant de cette saison de Ligue 1, j’avais beaucoup de propositions notamment en Angleterre, mais j’ai fait le choix de rester et c’est une saison qui me porte préjudice, car elle est préjudiciable à l’équipe.

Attaquant, c’est un poste délicat. Si l’équipe ne marche pas, tu ne peux pas surnager de facto. Mais cette situation est aussi dure, car il est anormal de perdre Ludo Obraniak au mercato d’hiver, puis Béria en été. Ce n’est pas normal, ça fait partie des choses à éviter. Jamais tu ne laisses partir Obraniak, il faut faire l’effort de donner un salaire pour un joueur comme cela et le vendre plus cher par la suite. Ce n’est pas normal que Franck Béria soit parti librement.

Un attaquant qui plante 20 buts sur une saison, tu peux le vendre, ce n’est pas sûr qu’il puisse reproduire cela ensuite, mais un défenseur ou un milieu ; ce n’est pas acceptable. Ces joueurs permettent de faire grandir un club. À cette époque-là, à Metz, ça grinçait des dents, car il fallait offrir un plus gros salaire.

À Metz, on a laissé partir trop de joueurs dans ces conditions, car on n’a jamais voulu offrir aux joueurs les contrats qu’il fallait pour faire grandir ce club. Le club est resté bloqué dans le passé.

Aujourd’hui, un jeune de 19 ans peut avoir un gros salaire, tant qu’il est bon cela n’est pas un problème. Le Football a changé et notre époque c’est pile la période qui était au cœur de ces changements, ça reste mon avis. Avec le recul, je pense que le club a raté ce virage du football business. À l’époque, je ne pensais pas à cela, mais aujourd’hui je nourris des regrets malgré tout. Je termine cette saison avec 10 buts en Ligue 1.

Le club redescend donc directement à l’issue de la saison qu’en est-il pour toi de ton avenir ?

Je voulais vraiment rester en Ligue 1, j’avais connu ce niveau dès ma première saison. J’avais déjà connu une descente, je n’avais plus envie de repartir en Ligue 2. Le problème qui s’est posé est que le club demandait trop d’argent pour moi.

À chaque fois qu’un club venait, le club demandait 3 ou 4M€ ; il était impossible pour moi de partir à ce tarif. Il y avait des clubs en Allemagne qui voulait me signer, mais le FC Metz n’a pas voulu faire l’effort pour que je parte. Mais le pire dans tout cela n’est même pas que je reste au club. Dans le fond, j’ai un contrat, je l’ai signé de mon plein gré ; non, vraiment, le pire c’est qu’un nouvel entraîneur arrive et ne me fasse pas jouer. Tu te demandes « mais alors, pourquoi on me garde ? »

J’enchaîne ensuite sur ma pire saison de ma carrière à Metz, car je souhaite partir et on me le refuse, tandis que l’entraîneur refuse toujours de me faire jouer. Cela n’avait aucun sens. Dans cette histoire, il n’y a que des perdants.

En manque de temps de jeu, je pars en prêt à Sedan. Ce prêt arrive à point nommé, je fais une seconde partie de saison où je marque 6 ou 7 buts, cela se passe bien, je suis chargé à bloc et surtout je joue !

En partant à Sedan, je savais d’emblée qu’ils ne pourraient pas me recruter par la suite. J’en avais parlé avec le directeur sportif et le coach, et Sedan n’avait pas les moyens. Quand je rentre à Metz, soit je reste et je joue en Ligue 2, soit, si une bonne opportunité s’offre à moi, je peux partir ; c’était convenu avec le président. Finalement, je signe à Aix-La-Chapelle pour 1,2M€ où j’y conserve de très bons souvenirs. Mais bon, on parle assez peu d’Aachen hein (Rires).

Bab’s sous les couleurs d’Aachen à la lutte avec Paul Verhaegh joueur d’Augsburg

Tu quittes Metz à l’été 2009, tu t’engages donc à Aachen, comment ça se passe de l’autre coté du Rhin ?

Je signe pour 4 ans en Allemagne, en Bundesliga 2. Ça reste relativement proche de Metz.

Ma première année se passe très bien, on fait une très bonne saison où on finit aux portes de la montée en Bundesliga. On perd des matchs clés, mais ça reste une saison relativement bonne.

Statistiquement, j’aurais pu marquer plus, je jouais derrière un attaquant, en 10. J’étais très heureux d’évoluer dans cette position, comme à Metz quand je jouais derrière Maoulida. L’année suivante, le club a changé de coach, c’est là que les problèmes ont commencé.

Ce dernier me fait évoluer ailier gauche où j’effectue quelques bons matchs, du coup le coach me met l’étiquette d’ailier gauche. Ce qui n’est pas mon poste, je n’aimais pas jouer dans cette position.

J’ai essayé d’en parler avec l’entraîneur, mais ce dernier l’a mal pris et j’ai fini la saison sur le banc. Ma situation était un peu bloquée, car je ne voulais pas recommencer une autre saison à gauche. Finalement le FSV Francfort vient me voir à l’été et je m’engage pour Francfort.

Tout se passe bien au début, je fais une dizaine de matchs en attaque et rapidement le coach en place se fait virer. Un nouveau arrive et rebelote, il me fait évoluer à gauche. Je fais deux ou trois matchs à gauche, mais là je n’ai pas voulu laisser faire les choses, car je ne suis pas un milieu. Donc j’essaie de lui en parler, mais je trouve que les entraîneurs allemands sont moins ouverts. Lui aussi, il refuse. Ce second entraîneur finit par se faire licencier aussi et le nouvel arrivant souhaite me faire jouer. Cependant, on est alors à la mi-décembre et Philippe Troussier, alors en Chine, vient me trouver.

Du coup c’est le départ pour l’eldorado chinois en 2012 ?

Oui, c’est ça. La Chine n’avait pas les moyens dont elle dispose aujourd’hui, mais c’était déjà assez conséquent au niveau financier dans ce qu’il pouvait proposer aux joueurs européens.

Philippe Troussier, alors entraîneur de Shenzen, se renseigne sur moi et m’appelle pour me faire part d’une proposition où il m’explique que sa première saison se passe mal.

Durant les vacances de décembre, car il faut savoir qu’en Allemagne les vacances en décembre sont plus longues du fait du championnat à 18, je m’envole pour la Chine et Shenzen pour quelques jours, histoire de prendre le tempo de la ville, découvrir les installations du club et surtout voir le côté financier de la chose. La proposition financière était vraiment très intéressante. Je suis rentré en Allemagne, j’ai continué à me poser des questions et avant la fin de la trêve je signe pour Shenzen.


La suite de cet entretien exclusif est réservé aux abonnés, pour vous abonner cliquez ICI. On déconne, la suite de cet article arrive bientôt. 

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