La LaTrines

La LaTrines


Si sportivement parlant on sort la tête de l’eau, enfin de la zone de relégation, nos pieds sont toujours dans la pisse. L’équipe montrant toujours un niveau de jeu affligeant ces dernières semaines, l’équipe d’investigation de la Grenat Factory a décidé de se remobiliser sur de vrais tracas du quotidien : les toilettes du stade. En effet, Saint Symph’ c’est quand même le seul endroit dans l’Est de la France où tu n’es pas obligé de payer 40€ d’extra, si t’es abonné, pour venir prendre une douche dorée. Prends ça la Villa Venezia.

Si ce sujet a été moult fois énoncé, notamment sur les réseaux sociaux, aucune solution de reconstruction, d’amélioration ne semblait voir le jour à l’horizon 2017, hormis pour le cœur économique du stade, à savoir la tribune Sud. Mais c’était sans compter la fameuse et injuste affaire des pétards. Depuis, le club à la croix de Lorraine nous parle de « travaux » à venir en tribune Est.

Et si, en fait, ils refaisaient les chiottes ?

Petit détour historique. Plusieurs millénaires (2500 ans pour être précis) avant Jeezus C., les Grecs possédaient déjà des systèmes d’évacuations des eaux croupies ainsi que des toilettes. 1000 années plus tard, les Romains construisirent les égouts de Rome ainsi que des toilettes publiques, réservées aux riches. A ce point, difficile de noter une évolution majeure au Stade Saint Symphorien qui semble lui aussi bloqué en 1500 avant notre ère calendaire. En tribune Est, dans les toilettes masculines, par exemple, il n’y a jamais de savon ni de de papier, et les urinoirs se déversent de manière continue sur le carrelage. Néanmoins, il parait que si vous allez dans les toilettes des espaces VIP ou de la Corbeille, il y a un groom payé pour vous tenir votre membre viril si vous ne voulez pas poser votre coupe de champagne et votre cigarette en faisant vos besoins. En cela, difficile de noter une évolution sociétale notable.

Interdit de sticker dans la pisse !

Même si on a utilisé une image détournée de La La Land, de Damien Chazelle, pour illustrer cet article, les toilettes pour hommes de Saint Symph’ nous feraient davantage penser à son autre film, Whiplash, rien qu’au niveau de la sonorité du mot. Devons-nous parler de la file d’attente en Est basse pour arriver à ces urinoirs dégueulasses ? Petit à petit, les odeurs d’excréments frais teintés de bribes d’alcool de la veille vous parviennent à la cloison nasale à mesure que les gouttes d’urine des utilisateurs précédents se rapprochent de vos plus belles sneakers mises pour l’occasion. Les plus habitués, vous le remarquerez désormais, sont ceux mettant carrément des bottes et un coupe vent avant de pénétrer dans les toilettes. Habiles. Et enfin, quid de la proximité des stands de bouffe avec les cabinets : on ne mange pas là où on chie putain, même les chats le savent.

Fun fact : Il y a 3 ans, à l’occasion d’un match le samedi après-midi, j’ai été surpris (c’est le terme) par une envie irrévocable d’aller déféquer. Le dilemme était grand et, bien que peu croyant, je me souviens avoir levé les yeux au ciel au milieu du Kop et demandé « Pourquoi? » en essayant de retenir mes larmes. Et de retenir autre chose, évidemment. En fait, la raison était simple pourtant, je m’étais bien trop murgé la veille pour être dans un état correct avec un contrôle parfait de mon corps (comme Diabaté). C’était peu avant la mi-temps, j’avais de l’espoir que les toilettes soient dans un état proche du mien, c’est à dire correct mais pas resplendissant non plus. Que néni mais je n’avais pas le choix. Le traumatisme est encore grand aujourd’hui et je vous avoues que j’aimerais bien pouvoir amener mon propre tabouret d’aisance désormais pour ce genre de situation afin d’éviter de confronter mon petit cul au pissat et autres de mes voisins. 

Plus illégal qu’un fumi?

D’un point de vue légal, les recommandations de la Commission des Stades indiquent qu’il faut « 15 toilettes et/ou urinoirs et 5 lavabos pour 1000 hommes » et « 20 toilettes et 7 lavabos pour 1000 femmes ».

Parlons-en des femmes, nous sommes allés recueillir des témoignages de supportrices. Pour éviter que nos gros crevards de lecteurs n’utilisent ces discours pour aller stalker sur les réseaux, leurs noms ont été changés. Petit rappel des conditions insalubres dans lesquelles les supporters doivent venir faire leurs besoins primaires à l’heure actuelle.

« Alors, en ouest haute je ne peux pas t’en dire la couleur, la propreté ni rien puisque la seule fois où j’ai été y avait pas d’électricité, mais ça sentait la pisse c’était horrible. Alors que c’est des toilettes féminines, on est censé être « plus propre » (rires). En ouest basse, sur une échelle de 0 à 10, niveau propreté, je mets 5 en Ligue 2, et en Ligue 1 c’est immonde puisque ça fait la queue à des kilomètres et au final tu arrives et il n’y a pas de papier. C’est limite si des fois je ressors sans avoir été aux toilettes ! En nord, du peu que je me souvienne c’était les toilettes les plus propres du stade avec la Sud. Quand je dis propre c’est le sol sans pisse ou autre, le toilette propre, du papier wc, du savon etc. Apres, je te passe les robinets qui fuient, les toilettes qui fonctionnent pas, les graffitis, bon ça, en même temps, on est dans un stade. Mais clairement, ça donne pas envie d’y aller (rires). C’est pour ça que maintenant je n’y vais plus, pas trop envie de me choper une maladie. […] »

Nous noterons dans le discours de Damienne l’importance accordée à l’hygiène et à sa volonté de ne pas contracter de maladie. Au 19e siècle, Louis Pasteur avait déjà effectué la corrélation entre l’hygiène sanitaire et les maladies. Il semblerait que la priorité du FC Metz soit aujourd’hui la sécurité, supposément garantie par la, très fréquente, non présence d’Ultras, messins ou d’équipes adverses mais que le club se fiche néanmoins de la sécurité liée à la possible contraction de maladies au sein même de sa structure. Encore une fois, une belle démonstration de la considération du FC pour ses vaches à lait. Et pourtant, refaire des sanitaires, ce n’est pas un gouffre financier non plus. La preuve j’ai acheté un système complet de chasse d’eau la veille pour 22,30€ à la ZAC d’Augny (bon par contre, c’était assez chiant à monter).

Tour d’horizon viteuf’

« En France on n’a pas d’argent mais on a des idées« . Je ne sais plus de qui est tirée cette citation mais ce n’est pas de François Fillon. En effet, lors du déplacement à Dijon l’an passé, nous avions constaté avec le gros Valou l’originalité et l’inventivité de cette région agricole qui a recyclé les mangeoires de ses bovins en toilettes pour les supporters adverses. Côté propreté on a connu mieux pour le coup, mais on a laissé le FC pisser sur la défense bourguignonne, nous, on a vidé nos manches comme des individus civilisés ici. C’est loin d’être beau, mais c’est carrément efficace pour ne pas s’en foutre plein les pompes et le jean’s. Et puis qui en a quelque chose à foutre d’aller dans de belles toilettes? Sauf mon pote M******* qui, à 4 grammes, m’avait dit qu’on pouvait dormir dans les chiottes d’un club de motard de l’Est de la France (par respect pour notre amitié, je ne posterai pas la vidéo).

« Meuh »

Du côté de nos voisins teutoniques, la propreté est de rigueur, c’est dans les gênes et on va pas débattre construction d’équipements de collectivité et gestion des dynamiques de groupe avec ce peuple là non plus.

‘Lautern

A Kaiserslautern, amis de la Horda Frénétik, outre la claque organisationnelle subie quand on est habitué aux infrastructures de Saint Symphorien, les stickers sont tolérés sur les murs carrelés des toilettes. Ça donne même un style on va dire. Ce qui n’est pas le cas pour Metz où les stickers sont constamment et maladroitement arrachés des murs en carrelage, laissant des traces jaunies dégueulasses, rappelant de magnifiques  Type 6-7 de l’échelle de Bristol, comme on l’a vu précédemment. Et y’a des toilettes partout. C’est normal me direz-vous quand on a le droit de boire des pintes de bières avec de l’alcool à 4€. On notera que le public peut ici, comme à Metz, se vider contre un mur vertical mais qui dispose, lui, d’une petite rigole plus basse que le niveau du sol. Pratique pour ne pas se pisser directement sur les Gazelles.

Trier

Du côté de Trêves on remarquera le choix de pissoirs individuels séparés les uns des autres. Ainsi que cette banderole de la Gruppa oubliée en dessous. A noter que ces toilettes étaient installés dans une sorte de bungalow, posé à proximité de la buvette, pratique dans le cercle infernal et traditionnel Bière-rots-urine. Quelque chose que l’on pourrait facilement mettre en place sur au moins deux tribunes à Metz, la sud et l’ouest. 

Dans tous les cas, ce petit tour des stades, dont les équipes sont d’un niveau économique « proche » de celui du FC Metz, montre que si l’on veut on peut. De simples adaptations avec un financement digne de quelques semaines du salaire de Bisevac par exemple, suffirait à rendre les sanitaires un tout petit peu plus décents. Mais évidemment que non, vous le savez tous, que les fameux travaux de la Est ce ne sont pas des travaux pour améliorer l’expérience au stade. Dans la lignée de la politique menée par les instances du football français, il s’agira bien entendu d’adopter des mesures répressives et liberticides pour fournir un football aseptisé aux financeurs et autres diffuseurs. 

Je terminerai cet article par une citation d’un grand homme. Une citation de l’illustre Patrick Sebastien, dans Carnet de notes en 2001, et ce sera spécialement pour vous Monsieur Serin. Et un petit peu pour Georges Mandjeck, notre nouvel emblématique capitaine, qui insulte les supporters, les pauvres, les gays et les banderoles dans les stades.

« Quand les ivrognes en ont marre d’aller pisser, ils pleurent »