Que deviens tu Babacar Gueye ? 2/2

Que deviens tu Babacar Gueye ? 2/2


Suite et fin, de l’entretien que j’ai pu réalisé avec Bab’s Gueye, si vous avez raté cette interview vous pouvez la consulter ici.

Peux tu nous raconter ton aventure chinoise que tu vis depuis 2012 ?

La modernisation du football est effective ici depuis 2 ans je dirai. C’est de la folie l’ambiance dans les stades alors que nous sommes en D2, on ne pourrait pas voir ça en France. Idem pour un salaire, un joueur de D2 qui touche 5M€ par an. Rien qu’ici à Shenzen, le club a recruté l’attaquant du Partizan Belgrade : Aboubakar Oumarou qui joue l’Europa League, on l’a eu pour 1,5M€,alors qu’on est en D2… C’est quelque chose d’impossible en France ou en Europe sauf peut-être pour la Championship. Il est possible d’y voir un entraîneur, qui touche le même salaire que Laurent Blanc alors que c’est de la D2 c’est fou. Pour répondre à ta question j’ai fait mes deux premières saisons sous Philippe Troussier, je finis meilleur buteur les deux premières saisons. Sur le plan sportif je n’ai pas à me plaindre il nous manque juste cette montée en Chinese Super League pour m’accomplir totalement. Je n’ai pas eu l’occasion de partir tout simplement parce que le club le refuse. J’ai déjà eu des propositions de clubs de D1 mais Shenzen décline toujours, je ne pourrai jamais partir (rires). Je renouvelle assez souvent mon contrat.

Toi aussi si on te croise dans la rue avec 4 types, tu commences à parler le mandarin  ?

Un peu, ça fait 4ans maintenant mais c’est assez difficile. On parle beaucoup en anglais, du coup ça restreint mon chinois mais je le parle quand meme. Ma femme et mon fils parlent très très bien chinois. Les fans, à chaque fois qu’ils voient mon fils, ils sont surpris de la fluidité qu’il a parler chinois.

Un retour en France et en Europe est-il une possibilité pour toi  ?

C’est impossible pour moi un retour, impossible sur le plan financier. En dehors de Paris ou Monaco aucun club n’est capable de m’offrir ce que j’ai actuellement. Je suis toutefois habité par un gout d’inachevé principalement par rapport à Metz, et si un retour doit se faire, ce choix sera motivé uniquement par des questions sportives. Il faut être ici pour comprendre, l’argent ne fait pas tout meme si il y contribue forcement!

Que peux tu nous dire sur les infrastructures et la formation chinoise ?

La formation est la dernière chose qui manque au football Chinois, pour le reste la Chine, je suis désolé mais je trouve qu’elle est au dessus de la France. Moi j’ai vu ça seulement en Allemagne et maintenant, les centres d’entraînements, les stades, les affluences n’ont rien à envier à ce qui se fait en Europe. Les stades sont magnifiques, c’est Magnifique. Au delà de l’argent les chinois ont compris qui il fallait recruter. Ils ne recrutent plus des joueurs âgés, mais des jeunes joueurs, des joueurs pour la durée. Le problème avec la formation est qu’ils ont mis du temps à investir, maintenant ils sont en train de vraiment rattraper ce retard et je pense que d’ici la prochaine génération ils pourront rattraper ce retard. Ils viennent chercher les plus grands formateurs européens.

D’ailleurs, Metz possède un partenariat avec la province de Chengdu ?

(il coupe) oui d’ailleurs mon capitaine Yi Teng quand je signe en 2012 a joué à Metz. Il joue a Guangzhou R&F FC maintenant. C’est un bon ami à moi, on a gardé contact, on a été au centre de formation ensemble. À chaque fois qu’il est dans ma ville on mange ensemble. Quand je suis arrivé à Shenzhen je l’ai vu et je vais le voir je lui dit : « qu’est-ce que tu fais ici ? » – « bah je joue ici et toi ? ». Par la suite il est parti au grand club de Guangzhou Evergrande, il a pas trop marché, ils l’ont prêté. C’est un bon mec et en plus il parle français. C’était assez drôle de se revoir ici en Chine. J’en ai croisé d’ailleurs 4 ou 5 qui étaient au centre. J’ai croisé aussi Brice Jovial.

Au delà du football que peux tu nous dire de la ville ou tu es établis depuis 4 ans, Shenzhen ?

C’est une ville moyenne chinoise, une ville cosmopolite, assez multiculturelle avec beaucoup d’étrangers. C’est une force ce multiculturalisme, c’est  une des raisons pour lesquelles, rester ici ne m’a jamais déplu. On peut tout retrouver c’est super. La ville compte plus de 10 millions d’habitants, c’est plus grand que Paris. Il me semble que c’est 13 ou 14 millions, et je tiens à insister sur le fait que c’est une petite ville (rires).

Cette saison, c’est la bonne pour la montée ?

C’est l’objectif ! On va essayer, c’est pas facile sachant qu’on a beaucoup de joueurs cadres blessés. Dont un étranger sachant que les joueurs étrangers sont ceux qui doivent apporter le plus dans le 11 type. On a fait un bon début de saison ce qui fait qu’on est pas trop éloignés des premières places, il faudra capitaliser, en plus on a déjà passé les grosses équipes, et se relancer avec des séries. Pour monter on doit faire des séries. L’ambition du club est la montée. Le club a un nouvel investisseur cette saison et c’est une très grande entreprise. Elle possède 18 milliards de dollars et l’objectif est de monter d’ici 2 ans.Les changements de proprietaires sont fréquentes ici en 4 ans, j’ai connu 4 propriétaires, ça me fait parait presque normal.

Quel est ton souhait pour la suite de ta carrière ?

Tant que le club veut de moi, je ne pourrais pas partir, si le club laisse me partir (silence)… je vais voir, je sais pas trop. Si on peut parler de Metz ça serait un souhait oui, en tout cas, je dis que si je dois revenir à France, ça serait qu’à Metz. Sinon à Dubai ou ailleurs,  je ne manque pas de choix. Seul l’avenir nous le dira (NDLR: Babacar a résilié son contrat avec Shenzhen et il est rentré au Sénégal pour des raisons qui lui sont propres).

Ta vision du niveau de la D2 Chinoise ?

Je pense que c’est un niveau entre milieu de L2 et le Top 5 de National. Le niveau de la Ligue 1 chinoise, les gros clubs peuvent jouer le top 10 en France. (NDLR: article réalisé avant la folie dépensière chinoise). Nous par exemple en coupe on peut se retrouver en quart de finale assez facilement. Ca arrive souvent que des clubs de D2 arrivent assez haut. Pour une raison très simple, c’est que le niveau des chinois est assez homogène et que la seule possibilité d’accroître le niveau c’est grâce aux étrangers. C’est eux qui font la différence.

Parlons maintenant d’un sujet épineux pour tout footballeur, ta reconversion. Premièrement y penses-tu ?

Ah oui, j’y pense fortement, je compte m’investir dans un projet comme Génération Foot. J’aimerai faire une structure à Dakar meme. J’aimerais faire un lien avec Génération Foot, un partenariat mais il est hors de question pour moi de faire un Génération Foot bis, car l’académie la ne dessert que le FC Metz. Que font les jeunes qui ne percent pas ? N’ont-ils pas de chance de ne pas briller ailleurs?  Je ne critique pas cette académie, je trouve qu’elle travaille vraiment très bien. Mais je veux  que les enfants puissent d’abord s’insérer dans le système éducatif sénégalais. C’est le challenge car ici au Sénégal les cours ne sont pas adaptés. Comment faire un centre de formation comparable à Metz. Aller en cours le matin, s’entraîner l’après-midi et avoir des cours du soir, ou travailler ses cours.  J’aimerais faire une structure pour desservir plusieurs clubs et non pas un seul. Il y a aussi les indemnités de formations qui font peur à certains clubs. Moi j’ai envie de faire une structure pour les joueurs, de donner un avenir aux jeunes. L’argent ce n’est pas important à partir du moment ou on parle d’argent, on met la carrière de ce jeune de coté. Les clubs seront plus enclins à accepter si on demande pas 90K comme indemnités de formations. Je réflechis au financement, tout cela. C’est ce que j’ai envie de faire, l’avantage ici en Chine il y a tout ce qu’il faut pour entreprendre ces choses la. Il y a les investisseurs, et moi j’essaie de me faire des contacts ici pour réaliser ça.

Connais tu le jeune Ismaila Sarr qui vient à Metz cet été ?

Non je ne le connais pas, mais en général ceux qui viennent sont vraiment des pépites. Je vais aller me renseigner mais si Olivier Perrin dit qu’il est très bon, alors c’est que c’est le cas. Il a l’œil lui. Lui et Francis de Taddéo les deux meilleurs.Olivier Perrin je suis allé le voir 2 ou 3 fois, il fait du très bon boulot. Les joueurs jouent super bien parce qu’ils ont les installations. C’est un super formateur et les jeunes qui arrivent ici sont prêts. Eux ce qu’ils ont maintenant, je me demande si c’est pas mieux qu’à Metz. Ils ont des synthétiques, un gazoné c’est magnifique. Je suis le premier à avoir adhérer de Génération Foot, au projet la, en donnant mon nom sur un des bâtiments. J’ai le numéro 2, le premier est au nom de N’Dour un très grand chanteur ami intime de Mady Touré. Adébayor et Diafra en ont un aussi des batiments à leurs noms.

Tu as gardé contact avec Francis de Taddéo ?

Bien sur ! Francis c’était le papa des sénégalais, Francis.. Francis c’est le meilleur. Nous la chance qu’on avait c’était lui, il faisait tout pour nous, on manquait de rien. IL était capable de venir au plein milieu de la nuit si il y avait un souci, quitter son domicile et sa famille. C’était un papa africain en plus, il est un peu fou. Quand il est pas content il tape fort, quand il est content il donne tout.

Quid de la séléction nationale ???

(rires) oh non, c’est impossible ! Meme Demba Ba qui joue en Chine ici ne peut pas y jouer. C’est pas un regret pour moi j’ai connu deux CAN. J’ai réussi à jouer pendant 5 ans de façon constante, j’ai joué avec la Généraiton 2002 les Boupa Diop, Camara. Le seul regret c’est de ne pas avoir connu de trophées mais j’étais très fier de jouer avec ces gens la. Meme aujourd’hui les Papiss, dès que ça se passe mal on change tout. Les pays de foot comme ça, on prend ça aux tripes et on a un effectif de qualité! Kouyaté, Diaf, Sadio ou encore Kalidou Koulibaly.. La on a une des meilleures générations. Le probleme du Sénégal c’est qu’on est rarement chanceux en phase finale. UN pays comme le Sénégal n’a jamais gagner de CAN et c’est regrettable. Au Sénégal on est 10M d’habitants on est 10M de coachs (rires) meme si tu gagnes il faut aussi bien jouer, l’actuel coach Aliou CIssé a fait un sans faut durant les qualifications et pourtant il est critiqué. C’est le Sénégal, un pays de foot comme le Brésil. La moyenne de durée de vie d’un séléctionneur au Sénégal est 1an et demi.

Évoquons maintenant un sujet qui fâche la saison du FC Metz as-tu eu l’occasion de les suivre ?

Oui, tout à fait je suis grâce à ma page Facebook ou j’ai beaucoup d’amis messins et c’est comme ça que je me tiens au courant. Ne crois pas ! je suis au courant de tout (rires). Je vois que Yéni devrait effectuer sa dernière saison, c’est un des meilleurs joueurs, il y a eu beaucoup de recrues, la montée s’est jouée à un but. Mais c’est un soulagement de les voir à nouveau en Ligue 1.

Finalement que retiens tu de ton passage à Metz ?

La montée en L1 mais aussi et surtout le début de ma carrière, en Ligue 1. Le personnels du FC Metz avec Carlo Molinari. Si je reste à Metz quand on monte en 2006 c’est uniquement grace à lui il m’a convaincu en 10min de rester à Metz. Quel homme, vraiment un profond respect pour cette personne. Il y aussi Denis Schaeffer, Jean Yves du service commercial, Delphine; les personnes qui travaillaient au centre. C’est vraiment des bons et beaux souvenirs que j’ai de cette ville, de ce club.

Qui était pour toi le coéquipier le plus taré de ton temps messin ?

(Il coupe) Frank Ribéry c’est un taré ce mec, tu reviens de l’entrainement tu as ton pantalon troué, ou sous la douche. Lui il foutait l’ambiance dans le vestiaire, et pourtant je l’ai cotoyé que 6mois. Seb Bassong, ou Papiss Cissé n’étaient pas en reste pour autant. Sinon j’ai adoré Stéphane Morisot ou Sylvain Marchal, j’avais un grand respect pour la coolatitude de Greg Proment aussi..

C’est une petite question subsidiare mais quel était ton restaurant préféré à Metz ?

Il y en a deux, je suis obligé de mettre les dieux. Celui de Dino d’abord dont j’ai oublié le nom, pardonne moi Dino! mais il est dans le coin de la place St Louis. Enfin le second, c’est le Parma qui est entre le Ban St Martin et Devant les Ponts. On adorait y aller après l’entrainement. Jean Fernandez nous l’interdisait mais (rires) il voulait qu’on rentre à la maison et qu’on aille faire la sieste alors que nous on préférait trainer au restaurant et passer du temps ensemble.

Tu as un beau but plus beau ou qui te marque plus qu’un autre ?

Le premier qui marque, contre Guingamp un 27 septembre 2004 je pense, je peux pas oublier! Il est pas beau car c’est un plat du pied mais c’est pour moi le plus beau souvenir, mon premier but en professionel qui plus est en Ligue 1!

Enfin, le souvenir que tu souhaites partager avec la Grenat Factory sur le fait le plus honteux que tu as commis dans ta vie ?

J’ai fait beaucoup de gaffes ! Mais j’en ai une dont j’ai vraiment eu la honte de ma vie ! On allait dans les vergers pour piquer des poires après l’école avec mes copains, quand un jour je me suis fait attraper par les propriétaires, ils sont venus avec la machette, ils n’avaient pas l’air de plaisanter. Du coup je suis resté assis toute l’après-midi jusqu’à ce que mon père vienne me cherche! Ça reste la plus grande honte que j’ai éprouvé dans ma vie !

Cet entretien a été réalisé en mai 2016. « Babs » a depuis quitté Shenzen pour des raisons qui lui incombe, il n’a pas joué pendant plus de 6 mois et voila  qu’il est de retour en Chinese Ligue One au Xinjiang Tianshan Leopard F.C.ou il a signé depuis mi-février. L’ensemble de la Factory souhaite à Babacar une grande saison et une montée en Chinese Super League. Je tiens aussi à le remercier de sa disponibilité, de sa sympathie.