Mandjeck, au secours !

Mandjeck, au secours !


De tous les joueurs complètement rincés qui ont porté notre si fier et beau maillot grenat, Georges Mandjeck est devenu en très peu de temps l’icône indécrottable de notre haine. Faut l’avouer : Son départ va laisser un vide dans notre cœur acide, un vide plus gros que celui qu’il laissait dans l’entre-jeu 2 à 3 matchs sur… 3. En attendant de retrouver une catharsis de notre répulsion dans un attaquant roux ou un recrutement exotique de Gaillot, voici une biographie, que dis-je ? Une exégèse à lire comme un dernier hommage à celui qui a animé nos soirées du vendredi et, plus inattendu, du samedi.

« Ça sera tant mieux pd »

Qui peut se vanter de s’être fait traiter de « pd » par un joueur de l’équipe qu’il supporte ? Nous les messins, habitués de la chose anale ok, pouvons nous gausser d’avoir eu cette chance. C’est arrivé la semaine d’un derby perdu, le lendemain d’un pétard et on s’en souvient bien, il l’a sorti sans sourciller : « apres ce qui s’est passé hier cest sur qu’on jouera des matchs à huis clos et ca sera tant mieux pd ». À moins que Pascal Dupraz ait piqué le compte de Georges le temps d’un tweet, nous étions ce jour là tous des PD messins. C’est marrant mais même avant cette anecdote on détestait déjà ce gars.

Arrivé in extremis dans le courant de l’ère Freitas avec un pedigree un peu louche mais au combien « messin » (formé au Cameroun, importé par Stuttgart puis Lautern, Rennes, Auxerre, la Turquie… international Camerounais…), on lui a offert une confiance certaine : il prenait la place de Guirane N’Daw et il n’était pas un portugais de D3. Un bol d’air dans notre histoire récente. On s’est laissé berner par ses débuts avec nous en Ligue 2 : lui et son pedigree Choplinesque (au rythme d’un match de merde/une phrase ampoulée sur twitter par semaine) arrivaient à nous maintenir en haleine car nous vivions sur la chatte à José Riga et trustions le haut du Championnat de Ligue 2 grâce à notre récent savoir-faire technique lié au Senseball. Il faisait des non matchs mais on ne le regardait pas l’esprit trop occupé par le folklore Freitassien d’Amido Baldé et Sezer Ozmen. 

dessin par @Etienne_Shk_Pnk (https://twitter.com/etienne_shk_pnk/status/874322302938349568)

« RDV LE 13 MAI »

C’est quand nous avons commencé à dégringoler qu’on a compris à quel point ce mec était vraiment ce qu’il était : totalement rincé (et fdp). Pris à parti sur le réseau, il disait qu’il allait répondre sur le terrain. Et il ne répondait sur le terrain que par la même maladresse que sur les réseaux sociaux. Chacun de ses matchs était une fausse besogne comme les aime les entraîneurs français de divisions inférieures, le grand noir qui court partout et bloque des actions on ne sait comment avant que le ballon ne retombe par hasard dans le but adverse : il n’en fallait pas moins pour que Philippe Hinschberger en fasse un capitaine. 

C’est facile d’accepter d’un joueur messin qu’il soit (souvent) mauvais sur le terrain, mais notre bon Georges y ajoutait une once de provocation inédite avec une surcouche de ton agaçant  – supplément donneur de leçon : un maestro de la débilité aléatoire et non nécessaire. Si il traitait ici et là son équipier camerounais & nancéien de « bâtard » pour se faire bien voir par notre diaspora débile, il pratiquait parfaitement la disparition du réseau (comme du jeu de transition) et les retours fracassants. Ainsi le feuilleton de la montée avait trouvé un scénario haletant où Georges Mandjeck nous avait donné « rdv le 13 mai » avant de couper son twitter (et de le relancer chaque semaine).

Dans la nuit du 13 au 14 mai après une piteuse finale au Stade Bollaert, qui avait bien failli se terminer comme la pire déconvenue de l’histoire du foot français, il est revenu clinquant comme un grand prince nous dire, avec son arrogance caractéristique, qu’il nous avait prévenu que ça allait se faire (on ne sait toujours pas comment mais impossible de ne pas croire en de la putain de sorcellerie camerounaise depuis) et que tout ceci se vit mieux « dans la douleur ». Merci Papa, on a vécu 90 minutes la tête collée au carrelage de la cuisine et tu ramènes ta gueule comme si t’avais gagné 3 LdC de suite 5-0 en final contre le Real. Et le mec dans la même séquence, ne perdant jamais la face, répondait aux premières questions « tu restes à Metz du coup l’année prochaine ? » avec le tact de la Diva méritante : « pas sûre mais bon ». Ton Metz pourri là ? Pas le choix quoi, il n’y a que vous qui me voulez.

#FruitDuTravail

Sa prolongation s’est faite sans qu’on ne la refuse ni l’accepte et on a laissé ce mec là à ses story snap, acceptant bon gré mal gré qu’il « dépanne ». On rêvait surtout d’un schéma Doukouré retrouvant son niveau d’antan de fond de tableau associé à la recrue Cohade de milieu de tableau derrière un Jouffre meneur d’Europa League. Mais Georges était toujours là trainant sa carcasse de guerrier Bamoun et réalisant pas moins de 57 (le fdp) matchs sous la tunique et ce malgré une longue absence liée à la CAN.

C’est qu’on peut reconnaître à Georges un fort potentiel travailleur (lol) et une certaine propension à éviter la blessure (le fdp). Sa constitution physique compense les fractures qui pullulent dans son crâne et si Dieu ne lui a pas donné le cerveau qu’il mérite pour devenir un top player, on espère que Benard Serin a pensé à kidnapper la bonne étoile qui compense le tout… car il faut l’avouer son palmarès messin ferait rêver beaucoup des grands joueurs qui sont passés par notre formation ces dernières années. 

C’est simple, le mec a plus apporté à notre histoire que Sadio Mané : une montée en Ligue 1, une CAN (sur le banc), un classement record dans notre histoire récente (14ème) et signe de maintien dans « l’élite ». Tout ce que touche Georges Mandjeck se transforme en une sorte de fange vernis d’or par une vendeuse Sephora même pas payée le smic. Le smic ? Un mot qu’il ne connait pas spécialement lui à qui notre club besogneux, et profondément ancré dans l’histoire du bassin minier mosellan, lui a permis de s’offrir quelques voitures de luxe qu’il exhibait fièrement sous le hashtag #FruitDuTravail rapidement détourné sans qu’il n’en comprenne précisément l’ironie. 

Et c’est là le paradoxe final qui touche à la perfection de notre Georgio national : il aura réussi à nous redonner espoir en l’ironie, lui qui n’en a jamais eu. Son immense raté dans le formidable outil connecté WIFI contre l’Olympique Lyonnais l’a fait revenir pendant 5 minutes dans le spectre des joueurs attachants (à qui on pardonne pas mal de trucs parce qu’on a de l’humour) quand le destin l’a pressé d’être fautif sur les 5 qu’on se prend en suivant. Mais le mec a tellement de ressource et de chatte, affrontant sans répit les plans du Malin, qu’il arrive à marquer le but qui nous assure le maintien sans qu’on lui demande un soir comme ça où plus rien n’était à jouer, à Villeneuve d’Ascq, après un cafouillage extrême et une balle qui lui revient que son corps désarticulé arrive à accélérer, une balle qui avait autant de chance de finir dans le campus que dans le but. Le mec restera à jamais l’artisan et le symbole d’un maintien exécrable que le temps effacera peu à peu de nos mémoires, une saison où l’on ne verra plus que cette défense à -72 buts, oubliant de raconter le reste car une seule chose compte : une 14ème place à peine méritée. 14 ? Un chiffre qui lui va si bien. Un chiffre qu’on aimerait retirer et afficher à St-Symphorien. Adieu Mandjeck, fétiche du retour messin dans l’élite, nous ne manquerons pas de crier « Au Secours » quand Poblete aura découvert les FKK que tu n’as pas eu le temps de lui montrer.