Habib n’est plus Messin, et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie

Habib n’est plus Messin, et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie


   Mardi 6 octobre 2020, au petit matin, les vers de Paul Eluard sont miens « ce bateau s’enfonçait à jamais dans la brume, de loin en loin qui dit la haine, de proche en proche dit l’amour » Ce bateau est celui de mon capitaine, ô mon beau capitaine Habib, Habibou. Une multitude de questions envahissent mon esprit : Quelle est donc la véracité des propos de Bernard Serin dans le transfert d’Habib Diallo ? Serait-il question d’une seule vérité à l’aune d’émotions ressenties, décuplées et face à une opacité farouche entretenues par deux entreprises privées ? Loin de moi l’envie d’étayer mon propos sur une analysée comparée de « la vérité » entre un capitaine en transit et le président actionnaire du club de mon cœur.

En outre, 1040 jours ont passé depuis mon dernier article « Grenat de rage et Serin de honte », s’est envolé depuis mon attrait sous la forme de mépris, dégout du football moderne et une volonté de se construire humainement. La reprise de la plume ne répond qu’à une volonté épisodique, marginale. Par conséquent je dresserai un rappel des faits de la situation actuelle, à froid, depuis le départ de notre feu capitaine grenat, s’en suit un point rapide sur la situation financière actuelle du FC compte-tenu de l’inconnu symbolisée par la COVID-19 et d’achever ledit propos par des torts partagés quant à un transfert inéluctable.

    A l’aune de la saison 2019-2020, le FC Metz lui, devait tout faire pour demeurer au sein de l’élite et d’empocher le pactole des droits TV. La situation sanitaire fait que le FC Metz obtienne son maintien parmi l’élite et se retrouve désormais capable de franchir ce cap financier tant vanté par Mediapro. Ce maintien a été rendu possible par un cercle vertueux de victoire après un début de saison fidèle à son habitude : brouillon. La fraicheur de Dylan Bronn, le talent d’Alexandre Oukidja, la sagesse et l’expérience de Vincent Pajot, couplé à l’efficient Habib Magia, ainsi qu’à la fougue d’Habib Diallo ont permis au club messin de se maintenir.

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A l’aube de notre seconde saison parmi l’élite, l’heure est à la reconstruction de l’effectif. Le contrat semble rempli puisque nous comptons parmi les arrivées sur le virevoltant Vagner Dias dont le club mise beaucoup et le fait d’avoir su garder Kévin N’Doram. De fait, le FC a investi massivement et de façon préventive dans ce mercato. Ceci fait plaisir à voir et les bonnes nouvelles n’ont été que trop rares ces dernières saisons. Dès lors, il apparaît important de souligner l’efficacité du club à agir plutôt que réagir. Ensuite, le club espérait une vente sèche aux alentours des 15M€ concernant Habib Diallo. Finalement, le club réussit l’exploit in extremis d’obtenir 10M€ par le Racing Club de Strasbourg Alsace quant à la vente de l’enfant du club, Habib Diallo. Ce transfert cause de nombreux remous.

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            Ce transfert est donc la conséquence et non la cause d’une année et d’un été mouvementé, l’on se souviendra longtemps de l’année 2020 tant elle apparaît comme un ovni pour ses contemporains. Le confinement, le déconfinement, le port du masque, la vie sociale entravée. En un mot comme en cent, l’arrêt de l’économie mondiale a causé des séquelles un peu partout et parmi l’économie du spectacle et du sport, le football en pâti. Le morcellement du mercato résulte d’un manque de coordination entre la LFP et l’UEFA. En effet, la France a ouvert son marché intérieur trop tôt face à ses voisins européens et a dû fermer durant un laps de temps, puis rouvrir et fermer définitivement ses portes le 5 octobre dernier…

Les méandres de ce virus chinois affectent notre football, à nous, elle porte atteinte à notre modèle économique messin. Un modèle économique qui repose sur le terme bling-bling du moment le « trading ». Ce terme mis au goût du jour par des clubs comme le LOSC ou l’AS Monaco est pourtant ce qui se pratique à Metz, et partout depuis l’avènement du football moderne. Il consiste à vendre ses meilleurs actifs / joueurs chaque saison afin de tendre vers l’équilibre budgétaire et engendre une vision économique sportive à court terme. Ce modèle économique est partagé par l’essentiel du football français voire européen, puisqu’il se fonde sur le déficit structurel inéluctable des clubs, à l’exception notable des marques de Premier League, ou des pontes / marques de visée mondiale comme le Real Madrid, le FC Barcelone, le Bayern Munich ou encore du Paris Saint Germain. L’idée n’est pas d’ignorer les soucis budgétaires des principaux clubs / marques mais l’aura dont ils bénéficient font qu’à l’instar des États, et bien qu’ils soient détenteurs de dettes abyssales, ils seront toujours en mesure de trouver des liquidités, des prêts accordés par des banques, à des taux avantageux.

De fait, la plupart des clubs de football professionnel n’ont qu’un seul objectif : l’équilibre budgétaire. Cela passe donc par une vente sèche chaque année des meilleurs actifs afin de rentrer dans les clous desdits budgets.

En l’espèce, et dans ce qui nous concerne en haut-lieu, le FC a recruté en début de mercato les 14-15M€ alloués sur Vagner Dias, Thierry Ambrose (levée automatique), Kévin N’Doram et d’espoirs comme Warren Tchimbembé ou encore de Kiki Kouyaté. En conséquence de quoi, le club comptait sur la vente d’Habib Diallo quant à son équilibre sur la balance des transferts. De plus, la construction de la Tribune Sud et du nouveau centre d’entraînement à Frescaty ne permettent pas des finances extravagantes, donc un investissement massif sur le marché des transferts et encore moins d’être dans le rouge à ce niveau. Ces investissements immobiliers forment un bond en avant énorme effectué par le club, car celui-ci a agi au lieu de réagir. Une première dans l’histoire moderne de ce club ou presque puisque la Tribune Sud et le renouvellement du Stade Saint-Symphorien permettent d’attirer des revenus plus importants et une attractivité nouvelle, en sus du football.

Dès lors, cet investissement couplé à celui d’un centre d’entraînement / formation ultra performant permettent aussi d’obtenir des signatures à l’instar d’un joueur comme Dylan Bronn. En ce sens, si le cas de Sam Larsson devait se reproduire, l’aspect financier et les infrastructures en place permettraient d’obtenir sa signature. La GF, et en mon nom propre, nous nous sommes toujours montrés dure et intransigeante envers le club, il est aussi question de pointer du doigt ce qui est bénéfique et efficace, de mettre en exergue finalement ce qui doit l’être.

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Ainsi, le souci premier d’un club de football comme le FC Metz est d’assurer son équilibre budgétaire. Ce faisant, il est quasiment impossible pour le club de maximiser sa valeur financière et donc de développer des stratégies liées à la création d’une valeur économique puisque dépendante du hasard d’un championnat. En outre, ces stratégies sont rendues caducs par l’imprévisibilité dudit championnat de football, donc de déterminer en amont, la place obtenue à l’issue des 38 journées afin d’obtenir, le paiement des droits TV. Ce faisant, cette place détermine un revenu substantiel qui ne peut être qu’hypothétique au début d’un championnat et donc d’une saison. Il faut donc parer à toutes les éventualités dont celle d’une descente presque épidermique chez nous, car nous colle à la peau.

Les rentrées d’argent au sein d’un club comme le FC Metz ne sont pas légions. Toutefois, les droits TV sont accompagnées dans une moindre mesure par la recette d’un jour de match, et des abonnements aux alentours des 5M€ ; le merchandising est ridiculement pauvre et ne rapporte qu’une part relative au sein du budget du club. En l’espèce, la vente de maillot tournerait autour des 10K-20K maillots par an. Quand on sait qu’un maillot ne rapporte qu’entre 40% et 50% dans les poches du club, la question fait sens de son développement. En ce sens, la zone d’influence / d’attractivité du club ne dépasse guère que les frontières géographiques du pays messin, des bassins de populations du Pays-haut, et de la Moselle Est. De plus, les résultats sportifs limités ne permettent pas d’étendre sa zone d’influence à un niveau national voire internationale. Par conséquent, le merchandising ne peut décoller.

En définitive, ce qui permet de tendre à cet équilibre budgétaire est donc la vente des actifs quant à combler le trou laissé béant par ce déficit structurel des clubs professionnels. La situation actuelle n’est pas rassurante face à l’imbroglio de Mediapro. Enfin, il y a eu des offres importantes concernant Fabien Centonze et qui semble perdurer par la tentative russe en présence. Un accord tacite entre les deux parties semble indiquer un départ à l’été prochain si le futur acquéreur rencontre la somme demandée par le club.

Par conséquent, le football n’est pas une science exacte et une entreprise de football n’est par définition, pas une entreprise triviale de par la limite imposée à son expansion économique ci-avant – billetterie, merchandising, attractivité – sauf dans le cas particulier du PSG, de l’OL ou de l’AS Monaco. Ainsi, le FC Metz se devait de vendre Habib Diallo, et ce à n’importe quel prix car son contrat courait jusqu’à 2022, donc risque de le vendre pour la moitié de son prix actuel, et qu’il n’était pas dit qu’il retrouve son niveau. Sa préparation a été plus que tronquée et face à l’éclosion actuelle d’Ibrahima Niane, l’on se poserait des questions de riches à Metz à savoir comment évoluer avec deux attaquants aussi ambitieux ?

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Néanmoins, ce propos n’est pas qu’une visée de valorisation de la présidence messine comme d’une forme de dépendance d’un média local envers sa source de revenue sportive. Il est aussi ici question des failles structurelles du club : la délégation et le manque de communication du président. Loin de moi l’idée de comparer la situation messine à King Street et les Girondins de Bordeaux. Loué soit la triade capitoline romaine, qu’elle continue de nous préserver de ces diableries.

Dans une visée loufoque l’on regrette ne pas voir Ibrahima Niane se targuer d’un but au Vélodrome avec comme sponsor maillot « CMI Defence » et l’aura que cela pourrait engendrer face aux ventes d’armes auprès du royaume Saoudien. Encore que, le conseil d’état wallon veille. Prudence est donc mère de toutes les suretés…

            Imaginez quand même l’attrait de coupler la vente d’armée et le néo-colonialisme messin en Afrique sub-saharien comme vecteur de force de vente auprès des plus grands de ce monde. Bref, évitons de devenir le Jérome Latta local, un cluster trop gauchisant, et diablement trop bobo ; venons-en au fait, un club de football est plus qu’une société privée dont les capitaux sont par nature privés et dont les opérations le sont toutes autant. Lorsque le président évoque que « les donneurs de leçons ne sont pas les payeurs », il explicite une réalité connue des supporters, car le club lui appartient d’un point de vue juridique et légal. Alors bien sûr, dans le football, le club n’appartient pas qu’à son actionnaire majoritaire et M. Serin en a fait l’amer expérience de par ses relations tumultueuses avec la frange populaire de ses supporters.

Le football revêt une dimension sociologique et émotionnelle telle qu’on le sacralise au point d’en faire un lieu cultuel, et qu’assister à une rencontre revient à assister à une cérémonie religieuse. Il n’en demeure pas moins que le sacerdoce revient à Bernard Serin, mais que les fidèles sont eux porteur d’un contrepoids / contrepouvoir conséquent par le biais des réseaux sociaux et de la réputation médiatique à conserver. En cela, oui, un club de football sait être un membre d’une famille, un ami, un amoureux, une amoureuse, une source d’espoir, de désespoir. Par ricochet, les émotions liées à lui sont décuplées et ses affaires sont l’affaire de la cité au sens grec du terme. Dès lors, si l’on déplace le curseur face au pathos, il en résulte que vendre son joueur phare, celui qui revient de loin, du Sénégal, de l’académie de Génération Foot, celui que l’on ballotte en prêt dans la rade de Brest, celui qui s’est construit grâce et par le club. Celui par lequel on s’identifie car Habib conserve deux valeurs intrinsèquement défendues chez nous, à Metz. Celle du travail et de l’humilité, celui à qui l’on s’est attaché comme à une figure patrimoniale du décor Messin à l’instar de la cathédrale ou du Temple Neuf. Celui-là même n’est qu’un énième mercenaire de plus. Aussi, il ne s’agit pas là d’insuffler une définition péjorative. Ainsi, poursuivre mon soliloque volubile écrit, rend compte d’un adage d’un temps fini qui attend des joueurs de « mouiller le maillot », « d’aimer le club » car ces attentes sont outre datées et n’engagent que ceux qui croient encore au Père Noel. Ceci n’est que le fruit de ma vision fataliste d’un football qui est mort avec l’avènement de l’arrêt Bosman en 1995.

Cyniquement l’on voit un peu plus la fracture territoriale opérante au sein de notre région. En effet, le Grand Est réuni les prérogatives de notre ancienne Lorraine. Metz n’est plus la capitale au sein de sa région. Nous sommes dépossédés des instances dirigeantes de cette nouvelle région et voilà que désormais, nous subissons le pillage sportif de notre joyau brut au profit des Strasbourgeois.

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En ce mardi 6 octobre 2020, le président s’est livré à une conférence de presse plus imposée que souhaitée car la situation est électrique sur les réseaux sociaux depuis les révélations par un aficionado Messin d’enregistrements audio quant à son envie de rester au club.L’effroi provoqué par cette vente rend compte d’une nécessité d’éteindre un feu que la direction met un point d’honneur à nier. Il en résulte donc une conférence de presse menée dans l’urgence, non retransmise en direct sur les réseaux du club. Ce qui constitue d’abord une faute semble finalement logique tant l’allocution réservée par le président est une erreur majeure de communication. Le point dévolu à la tactique du 4-4-2 est probablement la chose la plus fantasque qu’il prononce et pointe bien le ridicule d’un homme qui n’est pas en mesure de justifier l’injustifiable face à la grogne de la vox populi.

            D’abord, face à la vindicte populaire, il ne peut justifier la vente dudit joueur envers un club réputé rival, il ne peut que se livrer à un jeu d’arène où il est de bon aloi de donner sa version édulcorée des faits, de charger tout et son contraire la presse internationale comme locale et de s’en servir comme d’un bouc émissaire. Ainsi, son agacement est hautement visible, le président charge les agents d’Habib quant à son départ vers Strasbourg, la fuite dans la presse des intérêts supposés ou réels de certains clubs anglais. Habib lui, rétorque le lendemain sur l’agissement et le comportement de « certaines personnes et les conditions qui ont provoqué le transfert » sur le site officiel du RCSA dans un but de lisser son discours et de gagner les cœurs de ses nouveaux supporters. La justification du président ne me convainc pas, et seuls les initiés savent ce qui s’est dit et ce qui s’est passé. Toutefois, l’idée n’est pas de dire que l’un ou l’autre a raison mais que les torts sont partagés. De plus le contexte économique permet d’expliquer la vente forcée d’Habib Diallo, d’autant plus face à la capacité financière de Mediapro d’honorer son contrat Néanmoins, la posture en position de victime d’Habib Diallo soulève un doute. Comment pouvait-il ignorer la divulgation de ses confessions à un supporter qu’il ne semble pas connaître. Personne n’a véritablement forcé Habib à signer à Strasbourg, si ce n’est lui. Comme le souligne Frank Signorino dans l’émission 100% Grenat sur France Bleu Lorraine Nord, il avait le pouvoir de dire : « non, je reste» ; cela n’est pas sans rappeler les propos tenus par feu Emiliano Sala lors de départ du FC Nantes pour Cardiff, il expliquait à son meilleur ami qu’il était forcé à quitter le club. Quelle est donc l’emprise des clubs sur la décision finale ? Il en va de même pour Ismaila Sarr qui ne connaissait pas Rennes avant d’y signer et qui persistait dans l’idée de rester une année de plus. Le monde du football moderne est un monde opaque dont les tenants et les aboutissants ne sont pas destinés à l’exposition. En cela, s’agit-il d’une confiance aveugle envers ses agents qui l’ont poussé à partir ? La réalité est parfois mouvante et plus nuancé qu’on ne le dit. Il n’est pas question de remettre sa parole en doute mais de contrebalancer cette vision manichéenne d’un blanc et d’un noir alors qu’il s’agit d’un gris certain. L’attrait salariale de Strasbourg aurait pu parachever son envie de signer là-bas.  Peu importe, puisque malheur à nous, il a signé pour cinq saisons et nous espérons qu’il accède rapidement vers d’autres cieux…

Aucune aigreur subsiste et on ne lui souhaite rien que le meilleur, juste le meilleur cher Habibou.

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En guise de conclusion, il apparait que la vente d’Habib n’est pas couronnée de succès, mais elle permet d’être serein face à l’avenir proche. Sa vente est enfin actée dans notre bilan comptable.

En l’espèce, le club a attendu le pigeon anglais prêt à se fourvoyer sur les dires d’un agent ayant obtenu un éventuel / supposé mandat club pour fourguer ledit joueur en Premier League. Sauf que, malgré la multiplication des articles au début, pendant et en fin de mercato, aucun pigeon anglais ne serait venu selon le président, ou n’aurait obtenu les faveurs du club selon Habib Diallo quant à un éventuel transfert.

Enfin, était-ce là encore une ruse des agents, une ruse des dirigeants de s’égrainer par voie de presse pour attirer le pigeon anglais. L’Équipe évoquait même un départ budgété et inscrit dans le bilan comptable du club. Un appel du pied farouche annonçait le lancement des soldes messines.

Deux visions s’affronteront donc, l’une défendue par les supporters comme d’une opération soldée à l’ennemi honni, et l’autre vision défendue par le club sur le besoin de tendre à l’équilibre budgétaire face à l’incertitude naturelle des clubs de Ligue 1 comme exposés ci-avant et face aux incertitudes variables provoquées par Mediapro et la COVID-19.

Il n’en demeure pas point que les regards doivent se porter vers l’avant, donc vers Niane. Dans une visée cynique, l’on souhaite que Mediapro échoue et que Strasbourg ou Lorient portent réclamation auprès du Conseil d’Etat car ils auraient misé sur l’argent issu des Droits TV pour se pérenniser en Ligue 1. Enfin, l’avenir messin se doit de se parer à une éventuelle chute de l’académie de Génération Foot avant que d’autres clubs européens viennent pratique un néo-colonialisme des plus sauvages.

Rendez-vous est pris dans 1040 jours, d’ici là portez-vous bien et Ave Metz!

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