Nîmes 0-1 FC Metz : l’analyse tactique

Nîmes 0-1 FC Metz : l’analyse tactique


Dans une dynamique extrêmement positive (3 victoires, 2 nuls sur ses 5 derniers matchs), le FC Metz se déplaçait ce dimanche au Stade des Costières pour aller défier un Nîmes Olympique affaibli, et aller chercher une victoire au forceps, en infériorité numérique (0-1). Retour sur une victoire difficile, mais qui peut être un véritable acte fondateur pour ce FC Metz qui ne cesse de regarder un peu plus haut.

L’adversaire

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source : midilibre

Cette équipe de Nîmes a beaucoup surpris par sa manière de jouer en ce début de championnat. Sous la houlette de son nouveau coach, Jérôme Arpinon, le cousin du responsable du recrutement du FC Metz (Frédéric du même nom), les Nîmois font le pari de mettre énormément d’intensité en jouant un jeu très direct, ne construisant jamais par l’axe de leur milieu de terrain, en créant le surnombre dans les 40 mètres adverses. Le tout en jouant long depuis la ligne arrière, soit vers les ailes où des latéraux très offensifs (Meling, Alakouch, Ripart) sont souvent à la hauteur des attaquants, soit dans l’axe où le(s) avant-centres (Roux, Koné, Denkey) tentent de gagner leurs duels aériens, pendant que les milieux offensifs (Ferhat, Benrahou) ou défensifs (Deaux, Cubas, Fomba) occupent l’espace pour récupérer les seconds ballons.

Ce n’est pas un hasard si, avec cette configuration assez rare, Nîmes a surpris et surclassé Brest 4-0 lors de la première journée du championnat. Pas un hasard non plus si cette équipe connaît logiquement beaucoup de déchet, style de jeu oblige (19e du championnat en pourcentage de passes réussies avec 76%), mais également une défense assez poreuse (13 buts concédés en 8 matchs) : en se livrant dans le camp adverse, les Crocos s’exposent particulièrement aux contres.

Avec un effectif relativement faible, le Nîmes Olympique connaît un début de saison en demi-teinte : après sa victoire fulgurante en ouverture, elle a peiné a enchaîner, pas aidée par un calendrier peu évident (réceptions de Rennes, Lens, Paris ; déplacement à Lyon). 16e avant ce dimanche, Nîmes comptait sur ce match pour se relancer après deux défaites consécutives, le tout sans le meilleur élément de chaque ligne, puisque le latéral Birger Meling (1 but, 2 passes décisives), le milieu récupérateur Adrian Cubas (4 tacles, 2 interceptions par match), et le meneur de jeu Zinedine Ferhat (3 buts, 2 passes décisives), sont tous les trois absents.

 

Le match

Devant composer sans N’doram et Niane, blessés sur le long terme, ni Boye et Pajot, ayant ressenti des douleurs musculaires cette semaine, Antonetti aligne un onze sans trop de surprises. Dans le 4-3-3 asymétrique habituel, Kouyaté a enfin l’occasion de saisir sa chance, en prenant la place dans l’axe de la défense du défenseur ghanéen, tandis que Tchimbembe démarre en tant que relayeur gauche. De ce fait, Maïga recule d’un cran et retrouve un rôle de sentinelle qu’il avait déjà occupé à quelques reprises cette saison.

 

L’analyse du match peut se faire en 3 parties bien distinctes classées chronologiquement que l’on va aborder dès à présent.

25 premières minutes maîtrisées par les Messins

Dès les premières minutes, comme face à Saint-Étienne la semaine dernière, les Messins se montrent agressifs à la perte de balle et étouffent des Nîmois qui peinent à ressortir. Même en jouant long, ces derniers subissent la domination des centraux messins dans le domaine aérien ainsi que la bonne gestion de la profondeur de Centonze et Udol, ce qui permet aux Messins de remettre rapidement le pied sur le cuir. La bonne organisation messine en phase défensive et son occupation maîtrisée du terrain gêne énormément les hommes de Jérôme Arpinon.

À la récupération, les Grenats sont bien aidés par leur système à 3+1 milieux, face aux limites du 4-2-4 nîmois. Fomba et Deaux, les deux milieux axiaux gardois, viennent aider leurs ailiers à mettre la pression sur le porteur mais les Messins trouvent des circuits de passes simples leur permettant de se sortir du pressing pour aller chercher ensuite Boulaya et les latéraux qui arrivent lancés.

Cette prise de risque des Crocos va finir par leur coûter cher. Dès la 15e minute, Maïga s’arrache pour obtenir un contre favorable dans son propre camp. Fomba est éliminé, Deaux est en retard : l’axe nîmois est désert et l’international ivoirien a un boulevard devant lui pour servir Lamine Gueye dans le dos de Florian Miguel.

Les nîmois, dont Fomba, sont à 5 dans la zone du porteur, et Deaux se déporte inexplicablement vers son aile droite.

Suite à son contre favorable, Maïga dispose d’un boulevard plein axe pour effectuer une course de 35 mètres avant de servir Gueye dans la profondeur. Deaux est en retard.

Le 4-2-4 nîmois a ses qualités mais pâtit lourdement de son manque de second couteau dans l’axe, problème que Frédéric Antonetti et son staff avaient bien identifiés avant la recontre.

25e-45e : un petit coup de mou puis un gros coup du sort

Après 25 minutes dans lesquelles les Lorrains ont mis plus d’intensité que leur adversaire, ces derniers vont finalement se ressaisir et faire reculer le bloc visiteur. Sans renier leur philosophie de jeu, les Nîmois vont continuer à presser haut et en particulier à encadrer le porteur de balle. Subissant ce harcèlement, les Messins, moins lucides, vont peiner dans la relance, en se rendant moins disponibles, et en commençant à rater de plus en plus de passes et de contrôles simples.

Toujours énormément de densité côté nîmois, forçant le porteur (ici Habib Maïga) à se débarrasser rapidement du ballon. La passe finit dans les pieds adverses.

Même schéma avec Farid Boulaya, qui subit la pression de 4 adversaires et se précipite pour envoyer une passe facile en touche.

Les Nîmois vont mettre alors le pied sur le ballon et imposer leur (faux) rythme, mais sans mettre en danger les coéquipiers de Dylan Bronn. Le bloc messin recule donc mais fait preuve d’une grande rigueur. Le milieu de terrain est très solide et permute énormément : le messin le plus proche sort régulièrement sur le porteur nîmois pour gêner la relance. Les Nîmois, qui n’arriveront pas à passer par l’axe, n’arrivent pas à toucher leurs attaquants par le jeu court, et vont donc chercher les ailes pour effectuer des centres.

Mais dans la surface, les centraux messins règnent en maître : comme anticipé dans l’article sur le mercatola grande taille et la puissance physique de Kiki Kouyaté font énormément de bien, et le défenseur malien est un véritable aimant à ballons (10 duels aériens gagnés, record du match). L’axe messin n’aura eu qu’une demi-frayeur, lorsque Roux crut échapper au marquage de Bronn pour glisser sa tête au fond des filets. Mais le but de l’ancien grenat fut refusé pour une large position de hors-jeu.

En phase défensive, Boulaya vient apporter le surnombre au milieu de terrain pour protéger l’axe, pendant que Tchimbembe se déporte sur la gauche pour empêcher le lien latéral-ailier droit nîmois.

Alors que tout semblait sous contrôle et que Metz traversait son temps faible sans encombre, sur une situation anodine juste avant la mi-temps, à 50 mètres de son but, Matthieu Udol sort à pleine vitesse sur Moussa Koné et tacle violemment l’attaquant sénégalais par derrière. Un carton rouge logique, mais totalement évitable pour le latéral messin, jusqu’ici impeccable défensivement. Ce fait de jeu va faire totalement basculer le cours du jeu au retour des vestiaires.

 

La deuxième mi-temps : entre souffrance et héroïsme

Cette exclusion incite Fred Antonetti à effectuer deux changements à la pause : Angban et Tchimbembé sortent, et laissent leur place à Delaine, qui prend la place de Udol à gauche, et Fofana, qui forme avec Maïga un double pivot au milieu de terrain. La tendance de cette deuxième période est claire : les Messins, acculés, font le choix de ne pas ressortir le ballon et de défendre leur but. Seul éclair, un coup franc direct de Boulaya repoussé par Reynet, obtenu suite à une contre attaque mené par l’Algérien lui-même. Pour le reste, Metz va plier et tenter de ne pas rompre.

Dès le retour des vestiaires, le ton est donné et Metz concède une énorme occasion. Sur un ballon long (forcément), face à un Delaine inactif, Ripart remet de la tête dans l’axe pour Roux, qui arrive lancé seul depuis les 25 mètres mais ne cadre pas sa frappe du gauche. L’axe du milieu messin ne se fera plus prendre du match. Le duo Maïga-Fofana a réalisé un travail impressionnant au milieu par la suite, le premier allant harceler le porteur, et le second, plus en retrait, occupant l’espace de manière intelligente.

Conséquence directe : les Nîmois ne passeront de nouveau que par les côtés. Ceci résulte en une construction très stéréotypée en U, où l’on va chercher sur les ailes la très belle patte gauche d’Eliasson, excellent hier après-midi, pour centrer et chercher les deux pointes (un total énorme de 40 centres effectués côté Nîmois). Les latéraux messins ont laissé volontairement les ailiers gardois centrer librement, et les attaquants nîmois se casser les dents sur la défense centrale messine.

La heatmap nîmoise (whoscored), on l’on distingue directement le « U » : les nîmois ont exclusivement cherché les ailes.

Avec des ailiers très généreux dans leurs efforts, le 4-4-1 bas et rigoureux des messins a tenu bon, ne concédant finalement que peu d’occasions franches (un total de 0,78 expected goals pour Nîmes), s’offrant néanmoins quelques frayeurs dans les sorties hasardeuses d’Oukidja en fin de match et sur la parade sublime de ce dernier sur le coup de tête de l’impressionnant attaquant algérien Karim Aribi.

Avec ses deux lignes de 4, Metz a couvert le terrain efficacement et a amené Nîmes sur les côtés. Les attaquant nîmois ont tous répété les mêmes courses vers la surface, en laissant les interlignes totalement libres. Un danger de poids en moins pour les milieux messins.

Nîmes est tombé dans le piège messin en s’entêtant à attaquer par les ailes. La fragilité messine semblait pourtant dans cette zone entre ses milieux et ses défenseurs, que les locaux ont décidé de ne pas occuper, alors que de nombreux ballons repoussés par la défense messine consécutivement à des centres l’ont traversée. Un joueur fin techniquement comme Benrahou aurait pourtant pu s’y régaler.

Épilogue : un acte fondateur pour viser plus haut ?

Cette victoire à l’arrachée fait du bien. Elle prolonge une excellente série (14 points et aucune défaite sur les 6 derniers matchs) mais a été l’occasion de constater une nouvelle fois cette solidité défensive, mais surtout de retrouver cette force mentale perdue en début de saison. À Lille, Paris et Marseille, dans des configurations similaires où Metz tentait de tenir le score en fin de match, les Grenats ont à chaque fois craqué, dans les toutes dernières minutes, à cause d’un manque de concentration.

Cette fois-ci, et c’est le cas depuis quelques matchs, les Messins ne tremblent plus. Ils n’ont pas froid aux yeux. Et ce, même dans une situation compliquée : ici, en infériorité numérique durant une mi-temps. S’ils ont décidé de jouer le deuxième mi-temps « petit bras », en ne faisant que défendre, ils ont montré ce visage combatif et solidaire, cher à notre cher Albert Cartier. On a trop peu souvent vu ces dernières années Metz défendre à 11 (ou à 10 en l’occurrence). Depuis quelques matchs, c’est le cas.

Que dire de Farid Boulaya, autrefois irrégulier dans ses efforts, qui s’est saigné dans ses replis, sur le côté gauche ou dans l’axe du milieu de terrain, allant tantôt presser son adversaire direct, tantôt compenser l’absence d’un latéral qui peinait à revenir ? Quid d’un Opa Nguette, qui a eu à réaliser un match de chien, totalement sevré de ballons en deuxième mi-temps, et qui ne s’est pourtant arrêté de répéter les courses qu’à sa sortie du terrain ? Que penser de la performance de Kiki Kouyaté qui, profitant uniquement de la blessure de Boye pour entrer dans le onze, a été un cauchemar pour les attaquants nîmois et s’impose comme un titulaire en puissance ?

Oui, avec cette solidarité et ce mental retrouvés, avec cet effectif complémentaire et pétri de qualités en attendant les retours de blessures de joueurs importants, avec cette tentation de sourire et de se dire que « le groupe vit bien » à chaque story insta postée par un joueur après les matchs, il faut assumer de viser plus haut qu’un simple maintien. Sans s’enflammer et sans vivre dans la culture de l’instant, mais en continuant à imaginer fébrilement cette équipe finir dans un futur proche dans le haut de tableau du championnat. Elle en a les moyens.

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