FC Nantes – FC Metz : retours croisés

FC Nantes – FC Metz : retours croisés


Ouf ! on a échappé encore une fois à la gueule de bois ce lundi matin. Malmenés à la Beaujoire, face à des Nantais séduisants, les hommes de Frédéric Antonetti ramènent le point du nul grâce à un pénalty miraculeux converti par Aaron Leya Iseka juste avant la mi-temps. Quels enseignements sont dès lors à tirer de ce match ? Quentin et Rémi, de Grenat Factory, mais également Elliott Bureau, rédac chef de La Maison Jaune, média dédié au FC Nantes, vous proposent leur point de vue sur cette rencontre qui ne fait pas que des heureux.

En deuxième partie de cet article, une question au centre des débats suite à cette après-midi marquée par la rechute de Vincent Pajot : Antonetti a-t-il eu raison de le faire jouer d’entrée de jeu ?

RETOURS CROISÉS SUR CE FC NANTES – FC METZ

L’avis de Quentin

Un match une nouvelle fois compliqué pour nos Messins, après celui déjà peu évident contre Dijon avant la trêve internationale. Comme contre les Bourguignons, le FC Metz a été majoritairement mis en difficulté à la Beaujoire de par sa propension à ne pas gagner les duels au milieu et à très mal gérer les transitions, les deux paramètres se rejoignant puisque pendant une grosse demi-heure, les Nantais nous agressent avec un pressing haut et agressif que l’on ne parvient à déjouer en raison d’un déchet technique bien trop important. Mais en plus, le milieu messin a été ce dimanche après-midi globalement inefficace dans la récupération du ballon, ce qui est habituellement un point fort, les Nantais remportant 63% des duels. Oui mais voilà, c’est un point fort quand on peut aligner Pajot en sentinelle et Maïga en 8 qui nous fait profiter de son volume de jeu. Sauf que ce dimanche, Pajot n’est pas à 100% et se blesse rapidement, puis Maïga est cantonné à jouer son rôle de doublure au poste de latéral droit, mettant ainsi en exergue un point important : le banc au milieu est très peu qualitatif. Ni Fofana ni Tchimbembe n’ont le volume de jeu et l’impact des deux anciens Stéphanois et Angban est toujours aussi branché sur courant alternatif. Ainsi, le FC Metz se retrouve ce dimanche rapidement « condamné » à abandonner le moteur de son jeu en se retrouvant avec trois milieux limités dans l’impact, qui n’ont pas les qualités pour rehausser le niveau technique et qui n’ont pas l’habitude de jouer plus d’une heure pour Fofana et Tchimbembe.

FC Nantes

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Le plan de jeu ressemblera alors à celui de la seconde période à Nîmes et contre Dijon, avec un milieu messin qui redescend d’un cran pour limiter les espaces entre les lignes, attirer le bloc nantais dans son camp pour libérer de l’espace en contre aux offensifs, Gueye en tête. Le tout allant même jusqu’à fonctionner plutôt correctement puisque la fin de première mi-temps verra des Messins être enfin dangereux (avec parcimonie cela dit) et récompensé (ou pas) par un pénalty qui aura de quoi frustré les Nantais (la loi dit clairement main, mais dans les faits…). La seconde période sera plus tranquille pour les Messins (et nous), avec un bloc très compact, à la limite de l’attentisme mais qui a le mérite de calmer les ardeurs nantaises. Pour preuve, les Nantais n’auront usé que huit fois de longs ballons en seconde période, contre 22 en première, et la possession nantaise passant de 62 à 68%, signe d’un bloc messin recroquevillé. Le pire étant que dans cette disposition, le FC Metz se montre alors aussi dangereux que son homologue canari avec notamment une très belle action de Vagner qui oblige Lafont à la parade, quand seul Blas aura réellement fait passer un frisson dans le dos des Messins.

Finalement, c’est un point que tous le monde à Metz est content de prendre. Il était en effet beaucoup trop compliqué d’espérer mieux et il aurait concrètement fallu un deuxième coup du sort pour ramener les trois points de la Beaujoire. Avec deux éléments, véritables pierres angulaires du système d’Antonetti, qui se blessent rapidement et qui s’ajoutaient aux absences de Centonze, N’Doram et Niane, le FC était malheureusement trop dépourvu physiquement et techniquement et il faudra se contenter de ça. Point quelque peu chanceux qui permet à un groupe ressentant un peu plus de difficultés ces derniers temps de rester sur une dynamique très positive et de maintenir la tête en première partie de tableau, ce qui fait toujours du bien moralement et permet de continuer à travailler avec une relative sérénité.

L’avis de Rémi

Au vu de la prestation messine ce dimanche à la Beaujoire, Fred Antonetti doit s’estimer heureux de rentrer en Moselle avec un point.

C’est le deuxième match consécutif que Metz ne maîtrise pas, n’arrive pas à gérer, à prendre à son compte. C’est également le deuxième match consécutif où Metz doit bricoler un petit peu au milieu de terrain en étant privé d’éléments clés. Sûrement pas une coïncidence. Metz est d’entrée en difficulté mais surtout, perd Maïga et Pajot, tous deux sur blessure, à la 25e minute. 3 minutes plus tard, Nantes ouvre le score sur une action où les trois milieux de terrain messins (Fofana, Tchimbembe, Angban), sont tous dépassés.

Au delà de ça, les Grenats sont tombés sur une équipe nantaise très séduisante, et à l’aise techniquement. Les coéquipiers de Dylan Bronn ont eu les pires difficultés à gérer la capacité nantaise à combiner en une touche à l’approche de la surface messine, avec quatres joueurs offensifs vifs et percutants, et notamment un Ludovic Blas extrêmement juste techniquement et disponible. Cette configuration n’est d’ailleurs pas sans rappeler les difficultés rencontrées par les messins il y a deux semaines lors de la réception de Dijon.

De nombreuses individualités n’ont pas forcément rassuré. On pense bien sûr aux 3 milieux de terrain ayant joué la plus grande partie du match, et notamment Tchimbembé, qui, pourtant intéressant à Nîmes, s’est littéralement noyé et n’a pas réussi à peser. Dylan Bronn a également été mis en difficulté : relativement passif, dépassé par les transmissions rapides et la technique individuelle des offensifs Nantais (à l’image de ce festival de Blas en première mi-temps), il a été beaucoup moins tranchant que son coéquipier John Boye, jamais très académique mais qui a globalement réussi sa mission de pompier de service en intervenant à de nombreuses reprises (3 interceptions, 5 tacles, 9 dégagements). De l’autre coté, c’est encore une fois Lamine Gueye qui ressort comme étant la satisfaction dans l’animation offensive messine. Percutant, volontaire, et jamais avare d’efforts, il crée des situations dangereuses dans le camp adverse par sa vitesse et élargit toujours plus son champ d’action, en étant présent dans les airs (4 duels aériens gagnés) et en défendant en avançant (6 interceptions).

FC Nantes

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Malgré ce match difficile et quelque peu décevant, il faut être lucide : cette équipe messine manquait sûrement de talent et de fraîcheur pour contrarier les Nantais. Sur les 11 messins alignés au coup d’envoi, 5 étaient en sélection les deux semaines dernières, avec 3 matchs à disputer. Il ne faut pas non plus oublier la dure période que traverse Metz d’un point de vue médical : Antonetti est privé de N’doram et Niane, auxquels viennent s’ajouter Maïga et Pajot, sortis avant la demi-heure. Quatre éléments majeurs du 11 type messins, qui, présents à 100% de leurs capacités physiques, pourraient faire de grosses différences. Car c’est dans cette situation, avec N’doram, Maïga et Pajot blessés, que l’on se rend compte de l’importance du banc que Metz s’est construit ces dernières saisons. Avec Fofana, Tchimbembe et Angban titulaires, Metz perd bien sûr en qualité, mais parvient à afficher un milieu de terrain 100% rotation parfaitement correct et qui sera probablement meilleur avec le temps. Avec tous ces constats, on en oublierait presque l’essentiel : cette équipe de Metz n’a pas perdu ce match, qu’elle aurait probablement perdu il y a 2 mois. La réussite a tourné, et il faut s’en satisfaire aussi.

Cela dit, pour éviter les désillusions, ces problèmes rencontrés à Nantes doivent être résolus au plus vite : une équipe de Brest avec une qualité offensive très surprenante débarque à Saint-Symphorien dimanche prochain !

Le mot d’Elliott Bureau, de La Maison Jaune

Le match en un mot : frustrant. Les nantais étaient clairement au dessus aujourd’hui et auraient du prendre les 3 points. Ils se sont sabordés tout seuls en manquant de réalisme en première mi-temps. Le penalty est contestable car même sans la main de Fabio, le ballon prenait plus la direction du haut de La Tribune Loire que du but. Retour de bâton du pénalty à retirer de Nolan Roux en 2017, c’est ce que l’on appelle le karma. Enfin, il va sérieusement falloir songer à dire à Papy Gourcuff qu’il a le droit de faire des changements avant la 93e minute. Bref, match a oublier pour le FC Kita. Bonne continuation à Metz, et à très vite pour le retour !

 

LA QUESTION : ANTONETTI DEVAIT-IL FAIRE JOUER PAJOT D’ENTREE DE JEU ?

Quentin : Pour moi, non. La blessure de Pajot était identifiée – tendinite au talon d’Achille – et l’on sait alors que ce type de blessure est très compliquée à soigner. D’ailleurs, en est-on toujours guéri ? Jamais totalement. D’autant plus quand on a dépassé la trentaine et que le rythme des matchs, les blessures et le style de jeu adopté obligent à une implication de tous les instants.

En titularisant l’ex-Angevin d’entrée de jeu, Antonetti fait donc le choix d’aligner un milieu diminué alors même que l’autre élément moteur du milieu de terrain messin, Maïga, doit quitter son milieu chéri pour occuper un rôle d’arrière droit. Fortement diminué, le milieu messin a, sans surprise, rencontré toutes les peines du monde à exister. Le technicien corse aurait pu dès lors préserver Pajot – y avait-il urgence à le faire évoluer ? D’autres joutes arriveront et l’équipe n’est pas en situation périlleuse d’un point de vue comptable. De fait, après la blessure de la Pajaxxance, le milieu a dû être complètement réorganisé aussi bien au niveau des hommes que de l’animation, chose peu aisée en plein milieu d’un match. Il aurait sans doute été mieux de débuter le match avec un Fofana en pure sentinelle et un plan de jeu en conséquence, quand bien même le Malien n’est pas Pajot. De plus, dans un cas comme dans l’autre, la présence de Maïga au milieu aurait permis d’alléger quelque peu la charge de travail du 6 aligné au lieu de la présence de Tchimbembe qui n’a jusque là que peu brillé dans le duel sur ses apparitions.

Résultat : même si le Corse joue de malchance ce dimanche, il n’est pas étranger à la fragile partition jouée par ses ouailles. Notre jeu repose sur un milieu de terrain fort, dans un championnat qui l’exige, alors pourquoi faire démarrer un milieu diminué et excentrer le seul véritablement en forme, privant de fait les offensifs, Boulaya en tête, du moindre ballon exploitable. Si Maïga a eu l’air d’être sorti par précaution, il n’est pas certain que l’on revoie Pajot rapidement. Ce Nantes – Metz valait-il le coup de perdre sa sentinelle pour les réceptions de Brest et Lyon ? Nous le saurons très vite.

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Rémi : Pouvons-nous vraiment répondre à cette question avec certitude ? À la sortie de notre milieu de terrain, le choix de titulariser Pajot a forcément suscité des interrogations.

Metz n’a pas l’habitude, du moins ces derniers temps, de transiger sur les blessures. Vagner Dias, recruté blessé, devait dans l’esprit du feu coach Vincent Hognon, être disponible entre début et mi-septembre. Au vu de l’évolution lente du rétablissement de sa cheville, le staff messin a pris le temps, se passant d’un élément potentiellement clé pour un secteur offensif en difficulté. Le capverdien fera finalement sa première apparition en toute fin octobre. Si Pajot a été titularisé, malgré les incertitudes autour de sa présence même dans le groupe, c’est qu’il se sentait prêt, et que le staff le sentait prêt.

Qui plus est, il est difficile de ne pas parler d’une sorte de « Pajot-dépendance » dans cette équipe messine. À son arrivée en janvier dernier il a métamorphosé l’entrejeu messin en tant que relayeur. Face aux diffcultés rencontrées par Maïga au poste de 6, il l’a suppléé à ce poste avec brio depuis quelques rencontres et est le régulateur incontestable du jeu messin. Sans lui, cette équipe n’affiche plus le même visage. Comment blâmer sans considération ce choix en voyant les prestations très moyennes des milieux sur le terrain après sa sortie ?

Il faut de tout coeur espérer que Vincent Pajot se soigne bien, pour ne plus avoir à craindre de rechute. Si ça pouvait se faire vite…

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