#FCMOL : Retours croisés

#FCMOL : Retours croisés


On a retrouvé nos Grenats ! À la fois beaux et sales, généreux et indisciplinés, dans la prise de risque et le manque d’inspiration, le FC Metz a fait du FC Metz : il s’est incliné à la fin du match. Face à une formation lyonnaise bien supérieure, les hommes de Fred Antonetti enchaînent sur une deuxième défaite mais aussi un quatrième match de suite sans victoire. De quoi s’inquiéter ? Comme tous les lundis, Rémi et Quentin de Grenat Factory font le point sur la performance messine, tandis que l’ami Hugo Hélin, du Libéro Lyon, nous donne un point de vue lyonnais sur cette rencontre qui envoie Lyon au sommet de la Ligue 1 et Rudi Garcia vers une prolongation. 

LE MATCH : FC METZ 1-3 OLYMPIQUE LYONNAIS

L’avis de Quentin

« Notre FC Metz s’embourbe dans sa traditionnelle crise hivernale. Alors que l’on se mettait à rêver d’Europe Conference League et de réception du Sheriff Tiraspol dans un Saint-Symphorien flambant neuf il y a encore deux semaines, une série en cours de quatre matchs sans victoire et seulement deux points pris nous ont remis les idées en place. Cela dit, la défaite de ce dimanche soir contre l’Olympique Lyonnais n’étonnera personne sur les bords de la Moselle.

Toujours privé de nombreux éléments importants (Udol, Pajot, N’Doram, Gueye, Niane), il a manqué beaucoup trop de choses aux Messins pour réellement exister contre une équipe lyonnaise rôdée et qui se présente avec l’armada au complet. En effet, même si toutes ces absences commencent à peser, elles n’excusent pas tout. Concrètement, elles n’excuseront pas la désorganisation quasi permanente observée dans l’animation défensive et qui a permis à Lyon de rapidement sceller la partie en début de seconde période. Elles n’excusent pas non plus le sentiment de ne pas avoir vu une équipe se battre ensemble. Les latéraux – Delaine et Centonze – sont beaucoup montés et le premier nommé a souvent tarder à se replier offrant sur un plateau des contres que l’équipe lyonnaise n’espérait sans doute pas si fréquent eu égard d’une part à la qualité technique de leur milieu et à la rapidité de Toko-Ekambi et Kadewere. Ainsi, Boye et Bronn se sont souvent retrouvés en infériorité numérique.

Au milieu, on aura vu là aussi un pressing totalement désorganisé. Si seul Maïga a réussi quelque fois à résister à l’intensité lyonnaise, c’était globalement incohérent que ce soit dans le jeu avec ou sans ballon, une mention spéciale à Angban qui aura beaucoup joué de travers en plus de ne pas couvrir Delaine sur les montées de ce dernier. J’y reviendrai, mais la présence du jeune Pape Matar Sarr n’est pas pour rien à cette apathie, semblant complètement perdu dans ce rôle de sentinelle et constamment pris de vitesse et surpris par l’exécution lyonnaise, Aouar en tête.

afp

Enfin, on a vu un secteur offensif peu lisible, surtout en première mi-temps, avec tantôt Nguette, tantôt Boulaya, tantôt Ambrose semblant se placer en 9. Ce qui nous fait réfléchir sur la gestion calamiteuse de ce poste par Antonetti, qui cherche encore la bonne formule. On l’a vu, Nguette est bien plus à l’aise sur une aile, Ambrose n’a définitivement pas le niveau et s’il montre – selon moi – un visage plutôt positif sur ses rentrées, Leya Iseka ne semble pas correspondre au style de jeu messin qui consistait de base à abreuver de centre un Niane longiligne et athlétique, là où l’espoir belge a besoin d’exister dans le jeu et de décrocher. La gestion de ce poste en hiver pourrait être primordiale pour la seconde partie de saison messine. Pour autant, avec des latéraux faiblards et un Marcelo emprunté, la réduction du score messine est méritée et le FC Metz se sera procuré quelques situations intéressantes, parvenant à mettre en difficulté l’arrière-garde lyonnaise de par les percées de Boulaya et la puissance de Nguette. De quoi faire regretter cette apathie au milieu qui sans ça, aurait pu donner un autre relief à cette rencontre.

En conclusion, en plus de devoir faire avec de nombreuses absences, on observe un collectif qui se délite, qui semble beaucoup plus fragile, nettement plus naïf, physiquement entamé, incapable de reproduire les efforts et surtout, de les faire ensemble. Chose qui ne devrait s’arranger avec la probable indisponibilité à venir d’Oukidja et la suspension de Boye (rare point de satisfaction) pour rendre visite aux Strasbourgeois, dimanche prochain. En espérant qu’Antonetti, lui aussi, mette le réveil. Conscient d’avoir mal abordé le match – on ne pourra pas nous reprocher d’avoir voulu cadenasser le jeu, bien au contraire – le technicien corse se doit de trouver des alternatives afin de limiter la casse d’ici à la trêve et ne pas gâcher deux mois de très bonne facture. »

L’avis de Rémi

« Se faire ouvrir par Lyon en prime time un dimanche de décembre à Saint-Symphorien relève du cauchemar. Pourtant, on s’en doutait bien, avant ce match, que Metz allait avoir du mal à faire le poids. Avec encore 5 titulaires absents face à un Lyon à qui il ne manquait que Thiago Mendes (pas le plus grand poète du ballon rond non plus), il était forcément difficile de rivaliser.

On peut faire une lecture du match totalement différente selon si l’on juge les intentions d’Antonetti comme intéressantes ou désespérées. En alignant un 4-3-3 et non un 5-3-2 comme cela aurait pu être pressenti, et en titularisant Pape Matar Sarr en 6 pour faciliter la sortie du ballon, le technicien corse a montré de bien belles intentions… qui ont vite été refroidies par des Lyonnais affûtés physiquement et justes techniquement. Avant même le pénalty de Boulaya, les visiteurs donnaient l’impression de pouvoir faire mal à chaque incursion dans le camp adverse. Ce pénalty, mal tiré, aura fait s’envoler le léger espoir de voir un match un tant soit peu accroché : les Lyonnais gèreront le match à peu près à leur guise durant les 85 minutes suivantes.

Car même en prenant parfois quelques risques, les Messins n’ont jamais vraiment déstabilisé l’adversaire. Défensivement, la copie est sans appel. Cette même approche qu’à l’habitude avec des prises individuelles bien marquées, couplé à un positionnement très haut des latéraux à la perte, était peut-être un peu trop ambitieuse cette fois-ci face à d’excellents techniciens au milieu et une animation offensive en transitions rapides bien rodées. Résultat : de nombreux décalages créés sur le côté gauche de Delaine avec un De Sciglio qui s’est régalé, et des surnombres concédés en contre, particulièrement en deuxième mi-temps, avec des situations répétées de 4 contre 2 ou 4 contre 3. Seule la rentrée de Kouyaté pour protéger l’axe de la défense messine aura permis d’éteindre partiellement l’incendie.

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Offensivement, malgré les courses répétées des latéraux, un manque d’inspiration collective cruel. Seuls Boulaya, qui a une nouvelle fois dicté le jeu mais avec moins de réussite qu’à l’habitude (76 ballons touchés, 3 tirs, 8 centres, 3 passes clés), et Nguette, intelligemment placé sur l’aile, qui a réussi quelques percées (2 tirs, 4 dribbles, 4 passes clés) ont été les fers de lance de cette équipe un peu trop désarmée : pas une surprise si le premier marque le seul but messin du match sur une passe du second, sur une des rares actions réellement dangereuses des locaux. La difficulté messine à pénétrer les 18m adverse ne date pas d’hier mais est caractérisée ici par une stat bien explicite : 50% de leurs tirs viennent de l’extérieur de la surface, contre 22% seulement côté visiteurs. La question du poste de 9 commence à devenir une véritable alerte, car avant sa blessure, Niane commençait tout doucement à devenir cet attaquant qui participait efficacement à la progression du bloc, en plus d’être une présence menaçante dans la surface adverse, à l’image de Diallo avant lui. Cet attaquant que Nguette, Ambrose, et Leya Iseka ne pourront probablement jamais être.

Cela dit, face à un effectif bien plus complet, taillé une coupe d’Europe qu’il ne joue pas cette saison, et malgré une défaite assez écrasante, je préfère retenir cette idée que plutôt que de perdre sur le plus petit des scores sans essayer, Metz a concédé 3 buts en tentant de faire quelque chose. »

Le point de vue adverse, par Hugo Hélin (Le Libéro Lyon)

« Que restera-t-il de ce match lorsque l’on repensera au huitième titre de l’OL ? Sans doute pas grand-chose. La magnifique passe décisive d’Aouar et quelques autres belles actions de Paqueta ou de Toko Ekambi, qu’on reverra avec plaisir dans les best of et dont on ne saura plus si elles ont eu lieu à Nancy, Strasbourg ou Lens. J’ai d’ailleurs déjà oublié lequel de ces trois adversaires nous avons affronté ce dimanche, mais je me souviens que Luka Elsner l’a comparé au Leeds de Marcelo Bielsa dans l’émission d’après-match sur Téléfoot. Le compliment est déjà beau, mais même pas assez fort. Le Leeds de Bielsa n’a en effet pas le niveau pour se qualifier en Ligue des Champions, et cette sympathique équipe de Ligue 1 dont le nom m’échappe peut donc plutôt avoir la fierté de se comparer à la Juventus ou Manchester City, autres équipes ouvertes en deux par le mythique OL de Rudi Garcia. Ainsi que la fierté d’avoir été en Ligue 1 pile au bon moment pour lui servir de paillasson sur la route du huitième titre. »

 

LA QUESTION : ANTONETTI A-T-IL EU RAISON DE LANCER PAPE MATAR SARR DANS LE GRAND BAIN FACE À LYON ?

Quentin : Le jeune Sénégalais est au moins aussi attendu que ne l’ont été ses compères Mané, Ismaïla Sarr ou Niane. Littéralement tête de gondole des derniers U17 Sénégalais, le Barça avait même tenté de l’arracher aux griffes messines. Mais Olivier – Perrin de son nom – veillait et a repoussé la racaille catalane.

Pour autant, était-ce le moment de le lancer dans le grand bain de la Ligue 1 ? Certes, au premier abord, le moment semblait venir. Cascade de blessures, piètres prestations de Fofana et Tchimbembe, etc… Pour autant, c’était  pour moi un véritable cadeau empoisonné que de le faire débuter contre ce Lyon là. Débutant en sentinelle, sans doute pour fluidifier la transition, Sarr aura été à l’image du milieu messin dans sa globalité : apeuré et agressé d’entrée de jeu par la folle intensité imposée par l’OL. Si son utilisation balle au pied se tient tactiquement parlant, le jeune Sénégalais faisant preuve à quelques reprises d’une patte gauche de qualité et d’une vision du jeu aiguisée, encore faut-il l’avoir, ce ballon. Et là, ça se corse. Il n’aura jamais su se coordonner avec Maïga ou Angban et aura d’abord erré dans l’axe, tentant bon gré mal gré de colmater les brèches, ne parvenant jamais à anticiper le circuit de passes lyonnais. Pis, il se sera mis à chasser Aouar, avec assez peu de réussite puis surtout, en libérant encore plus d’espaces plein axe. Offrande pour le trio offensif lyonnais ainsi que Paqueta, qui se sera régalé. La titularisation de Sarr aura eu pour effet indirect de se refuser au 523, qui semblait pourtant de mise et qui aura fait respirer Metz une fois Kouyaté rentré en jeu d’ailleurs.

Conclusion : vouloir donner sa chance à un gamin, aucun problème et c’est même tout à fait louable. Encore faut-il le faire dans de bonnes conditions, en le faisant jouer à son poste et pas en l’incorporant dans une mission suicide tant le XI messin était trop faiblard et le XI lyonnais trop au-dessus techniquement.

wiwsport

Rémi : Avec deux milieux de terrain essentiels toujours absents (Pajot et N’doram), et ce choix de démarrer à 3 milieux de terrain, Antonetti a pris la décision surprenante mais audacieuse de titulariser pour la première fois le grand espoir arrivé de Génération Foot, au détriment d’un Fofana ou d’un Tchimbembé.

Comment lui en vouloir, au vu des prestations récentes des deux derniers cités ? Comment lui en vouloir, alors que cela démontre une confiance envers nos jeunes à potentiel et qui bossent bien ? Comment lui en vouloir aussi de vouloir intégrer un milieu de terrain plus fin techniquement pour pouvoir tenter de ressortir un ou deux ballons plutôt que d’envoyer des pralines qu’Ambrose regarderait tranquillement retomber sur l’énorme crâne de Marcelo ?

Si il est forcément délicat d’envoyer un joueur aussi inexpérimenté à un posté clé face à une équipe de ce niveau, il est pourtant essentiel à sa progression d’évoluer dans des situations potentiellement plus délicates qu’un match en réserve face à Colmar. Oui, la prestation défensive de Sarr a été pauvre (0 tacle, 0 interception, 1 dégagement en 45mn), et oui, il a semblé en manque total de repères face à un adversaires aux transitions offensives tranchantes. Mais faisons preuve de mesure ! Tout n’est pas à jeter dans son match. À l’aise balle au pied, il s’est montré disponible a été une solution plus efficace et plus propre que Fofana pour faire avancer le jeu de son équipe à la récupération (34 ballons touchés, 93% de passes réussies). Forcément à plusieurs reprises en retard dans l’anticipation, il reçoit un jaune avant la demi-heure qui le forcera à rester discret dans ses interventions suivantes. Remplacé à la mi-temps, il n’a pas eu le temps de montrer l’étendue de sa palette.

Les meilleurs joueurs arrivés de Génération Foot (Mané, Sarr, Niane) ont tous obtenu des titularisations rapidement, et même si elles n’ont pas à chaque fois été fructueuses, elles n’ont jamais cassé le joueur, bien au contraire. Plutôt que d’attendre trop longtemps, pourquoi ne pas profiter de ce milieu de terrain dénudé pour lancer un jeune talent ?

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