Quelle place pour le FC Metz dans le monde d’après?

Quelle place pour le FC Metz dans le monde d’après?


C’était une simple vidéo postée par le service communication du club pour faire vivre son compte twitter et mobiliser les supporters autour du prochain match. Cette vidéo qui montre nos Messins montant dans un avion avec une certaine nonchalance qui témoigne l’habitude de la situation, a fait naître en moi une sorte de gêne et j’ai voulu mettre des mots, ou plutôt des chiffres, sur cette dernière. Avec la crise du coronavirus, les questions autour de réchauffement climatique sont revenus sur le devant de la scène avec des réflexions de toute part sur le prétendu « monde d’après » qui devait être – logiquement – différent de celui d’avant.

Immersion dans des chiffres, autres que footballistiques cette fois, autour de ce match.

Vinou détective 

Tiraillé, j’ai fait quelques recherches en partant de cette vidéo. Des sites internet proposent facilement de suivre les vols, ce qui permet d’avoir de plus amples informations sur le type d’avion, la distance ainsi que la durée du vol. On peut ainsi voir que l’avion utilisé était un ERJ-145 du constructeur brésilien Embraer, équipé de deux turboréacteurs Rolls-Royce AE 3007 (ça c’est pour les fan de techniques, c’est-à-dire seulement moi) et que le vol a duré 50min pour une distance 456km. [1]

Moi je cherchais simplement à connaitre les émissions de gaz à effet de serre qu’un vol de ce type pouvait émettre. Dans le domaine du calcul des émissions de gaz à effet de serre, il est difficile d’obtenir des chiffres précis, la consommation réelle d’un appareil dépendant d’une multitude de paramètres. Ainsi, les gens aiment résonner en moyenne et en ordre de grandeur, ce qui permet généralement de statuer de l’importance ou non des émissions.

Il est difficile de trouver la consommation de cet avion (c’est rarement un bon argument de vente dans l’aviation). Néanmoins, avec les données du constructeur Embraer, on peut réussir à l’estimer.

Un bel Embraer ERJ-145

Plusieurs types d’ERJ145 existent avec plus ou moins de capacité de réservoir de carburant et donc plus ou moins d’autonomie. Si on regarde l’autonomie en fonction de la capacité du réservoir, on peut en déduire que ce dernier consomme aux alentours de 2,25 litres de kérosène par kilomètre [2]Pour un voyage de 456km jusqu’à l’aéroport le plus proche du chaudron, ça représente donc un peu plus de 1000 litres.

Très bien, mais quelle quantité de Co2 cela représente ? Et bien, un litre de kérosène équivaut à 3,04 kg de CO2 émis dans l’atmosphère (amont + combustion, source [3]).
Donc pour ce petit trajet Metz-Sainté de 50min, l’ordre de grandeur qui ressort de mon calcul se trouve autour de 3T de CO2 émis par l’avion.

Le flygskam messin

Pour confirmer cet ordre de grandeur, j’ai voulu également utiliser une étude de l’ICCT [4] qui présentait les émissions par passager de plusieurs types d’avions régionaux.

Pour le petit ERJ145 qui nous intéresse, on est aux alentours de 180g CO2 /km/passager. On peut estimer le déplacement d’une équipe de L1 comme le FC Metz à une trentaine de personnes avec les joueurs, les remplaçants, les coachs, les médecins, la com’ (pas de Grayou à l’extérieur, heureusement). Pour 30 personnes, on trouve ici 2T5 de CO2 émis. C’est un peu moins que la première valeur mais l’ordre de grandeur est là.

En comparaison, pour un Metz-Paris puis Paris-Lyon en TGV (qui serait énormément chiant, j’en conviens), la SNCF annonce 1,3kg de CO2 par personne, 2,6kg pour l’aller-retour [5]. Si on rajoute un autocar entre Lyon et Saint-Etienne aller-retour (4.4kgCo2/personnes pour 120km, [6]), cela donne 7kg de Co2 par personne, c’est à dire pas loin de 25 fois moins que le bel avion. Et encore, ici la différence est plombée par l’utilisation de l’autocar jusqu’à Saint-Etienne, la ville de Metz ayant la chance d’être desservie par une ligne TGV.

Un peu de vert pour aller chez les verts

Dans ce pays a été signé en 2015 l’accord de Paris, dont le but ultime est de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Les experts s’accordent à dire que cela implique de viser une empreinte carbone de 2T de CO2 par personne et par an. Actuellement, l’empreinte carbone d’un français se situe autour de 12T de CO2 par an [7] , l’empreinte doit donc être divisée par 6 si on souhaite respecter l’accord de Paris. Vous comprendrez bien qu’une telle baisse aura un impact significative sur nos habitudes et c’est avec ce prisme qu’il faut regarder l’avenir. Tout le monde devra faire un effort, y compris ceux qui roulent à 230km/h en 4×4 sur l’autoroute (suivez mon regard).

Je pense que les clubs de football ont une responsabilité sociétale par rapport à l’engagement populaire qu’ils suscitent autour d’eux. Les 30 Messins, avec cet aller-retour chez les verts, auront émis plus de 150kg de Co2 chacun, soit plus de 7,5% de leur quota pour l’année fixée par l’accord de Paris, et tout ça en… 1h40.

Alors d’accord, les joueurs sont arrivés frais et dispo pour disputer un match mais est-ce assez important pour émettre, en un déplacement, les émissions annuelles d’une voiture française [7] ? La question mérite au moins d’être posée.

 

 

 

 

Sources :
[1] https://fr.flightaware.com/live/flight/JNL1050/history/20210206/1710Z/LFJL/LFMH
[2] https://www.embraercommercialaviation.com/wp-content/uploads/2017/06/Embraer_spec_ERJ145_web-EN.pdf
[3] https://www.bilans-ges.ademe.fr/docutheque/docs/%5bBase%20Carbone%5d%20Documentation%20g%c3%a9n%c3%a9rale%20v11.5.pdf
[4] https://theicct.org/sites/default/files/publications/CO2-commercial-aviation-oct2020.pdf
[5] https://ressources.data.sncf.com/explore/dataset/emission-co2-tgv/table/?sort=liaison
[6] https://datagir.ademe.fr/blog/transport/impact-carbone-mobilite-eco-deplacement.md
[7] http://ravijen.fr/?p=440

Pour déverser ta haine, c'est ici ↴